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 Moyen, André

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HERVE



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MessageSujet: Re: Moyen, André   Mar 20 Sep 2016 - 11:54


Sur Robert Solborg :

The Lisbon Route: Entry and Escape in Nazi Europe
Par Ronald Weber
(2011)






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HERVE



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MessageSujet: Re: Moyen, André   Mer 5 Oct 2016 - 10:04


Septembre - 26 janvier 1947 - Article de André Moyen ("Cincinnatus") :

https://www.scribd.com/document/326476244/Septembre-26-janvier-1947-Andre-Moyen-pdf

Extraits :





(...)





André Moyen utilisait aussi le pseudo "Cincinnatus" dans le journal "Vrai"

Il n'appréciait manifestement pas la Sûreté de l'Etat, ce qui apparaîtra également dans l'affaire des "faux du KGB"


http://archives.lesoir.be/justice-un-belge-en-prison-a-moscou_t-20091231-00RLWU.html?queryand=%22faux+du+KGB%22&firstHit=0&by=10&when=-1&sort=datedesc&pos=0&all=8&nav=1

http://archives.lesoir.be/histoire-funerailles-a-ciney-d-andre-moyen-_t-20080212-00EWRA.html?queryand=%22faux+du+KGB%22&firstHit=0&by=10&when=-1&sort=datedesc&pos=4&all=8&nav=1


Il est probable qu'en 1947, il était encore proche de l'OSS et il faut se souvenir que Douglas MacArthur II était en Belgique à ce moment.

A noter : l'intéressante caricature ("La Cagoule" ?)

Dans le même numéro, il y avait un article de Drion du Chapois (on le retrouvera dans "Le Rappel").

Je suppose que les trois points entre F et E témoignerait d'un éventuelle appartenance maçonnique du chef de la Sûreté...


_ _ _ _ _


"Un ukase de M. Louwage" dans "Vrai" du 2 mai 1947





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HERVE



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MessageSujet: Re: Moyen, André   Jeu 6 Oct 2016 - 10:54


Dans une interview avec Guy Bouten, Jean Militis parle de "son ami" André Moyen (et ajoute que ce dernier a dit "des carabistouilles" au sujet de "Stay-behind" - Gladio).

Il serait intéressant d'en savoir plus sur cette amitié. Cela allait-il jusqu'à une implication dans des projets de coup d'Etat ?


_ _ _


De bende van Nijvel: verraad. manipulatie. geheime diensten
Par Guy Bouten





_ _ _


http://www.voltairenet.org/article170210.html#nh67

(...)

Les communistes tombèrent en discrédit jusqu’à ce que des journalistes découvrent que le réseau terroriste bâti par Pierre Carette au début des années 1980 était en fait composé d’agents proches de l’extrême droite. Le bras droit de Carette, Marc de Laever, rejoignit d’ailleurs par la suite un mouvement néo-nazi allemand. [67]

(...)

[67] Manuel Abramowicz, Le dictionnaire des ‘années de plomb’ belges. Pour plus d’informations sur les CCC, voir également Jos Vander Velpen, Les CCC – L’Etat et le terrorisme (EPO Dossier, Anvers, 1988).

_ _ _


Voir aussi

http://bendevannijvel.com/2006/02/18/er-zat-een-mol-in-de-ccc/

(...)

Een van de andere verdachten op dit ophefmakende proces was Marc De Laever, die bij verstek werd veroordeeld. Er bestonden zware vermoedens dat De Laever meer wist van de mislukte aanslag op de Amerikaanse generaal en toenmalige Navo-opperbevelhebber Alexander Haig. Die aanslag, de allereerste linkse terreuraanslag in België, had plaats op 25 juni 1979 in de omgeving van Bergen. Datzelfde jaar werden Carette en De Laever trouwens gearresteerd in Zwitserland, wegens een wapentransactie, maar ze gingen zonderling genoeg vrijuit. De aanslag op Haig werd opgeëist door de ‘Brigade Julien Lahaut’, een groepering waar niemand ooit van had gehoord. De naam verwees naar de door Gladio-achtige figuren vermoorde leider van de Belgische communistische partij, die ‘Vive la république!’ geroepen had bij de eedaflegging van koning Boudewijn. De opeising werd toegeschreven aan De Laever, die kort daarop de wijk nam naar Parijs, waar hij onderdook.

Ondanks het feit dat De Laever werd opgespoord voor de aanslag op Haig en zijn veroordeling bij verstek in de zaak-Graindorge, kon hij in Parijs nog jarenlang ongestoord politiek actief blijven als linkse activist. Tot Carette in 1982 in zijn blad Subversion zelf bekendmaakte dat De Laever plots, van de ene dag op de andere, was overgestapt naar de West-Duitse neonazi-terreurgroep Aktionsfront Nationaler Sozialisten (ANS), een buiten de wet gestelde groep die zich profileerde als het extreem rechtse spiegelbeeld van de RAF.

(...)

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HERVE



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MessageSujet: Re: Moyen, André   Sam 8 Oct 2016 - 22:14


Il a été question plus haut de Edwin Wilson, qui aurait pu être en contact avec André Moyen.

Edwin Wilson était un proche de Ted Shackley et de l'armurier belge Armand Donnay.

Edwin Wilson a travaillé pour la Task Force 157.

https://en.wikipedia.org/wiki/Edwin_P._Wilson

(...)  In 1971, with the CIA's knowledge and approval, Wilson moved to the Office of Naval Intelligence (ONI) where he worked full-time for a secret intelligence unit called the Naval Field Operations Support Group (NFOSG) or Task Force 157. Between its inception in 1966 and termination in 1977, the focus was on acquiring intelligence on Soviet naval activity. However, the unit's remit was wider and later described as “the U.S. military's only network of undercover agents and spies operating abroad using commercial and business 'cover' for their espionage."[8][9]  (...)

8 : Hughes, Lynn (October 27, 2003). "United States of America vs. Edwin Paul Wilson, Criminal Case H-82-139, United States District Court, Southern District of Texas, Opinion on Conviction in Ancillary Civil Action H- 97-831" (PDF). fas.org. p. 2. Retrieved 2014-02-05.
9 : Richelson, Jeffrey (2001). "The Pentagon's Spies, Documents Detail Histories of Once Secret Spy Units, National Security Archive Electronic Briefing Book No. 46". National Security Archive. Retrieved 2014-02-05.

_ _ _

Voir

https://www.washingtonpost.com/archive/politics/1977/05/18/pentagon-to-abolish-secret-spy-unit/92db50d7-1d1d-461b-8f17-6010b8014984/

http://nsarchive.gwu.edu/NSAEBB/NSAEBB46/

https://fr.scribd.com/doc/205808516/US-NAVY-TASK-FORCE-157

Ce dernier document date de 1981 et il est question d'un scandale australien :

(...)



(...)

Ce scandale a impliqué une société basée en Belgique : "Commerce International" (commerce d'armes)

http://www.serendipity.li/cia/cia_oz/cia_oz2.htm

(...) Now as it turned out, Khemlani was sent by a Hong Kong arms firm which had very close associations with a crowd called Commerce International and Commerce International is a very powerful Brussels-based armaments outfits with documented links to the CIA. (...)


A Secret Country
John Pilger - 1992

(...) Commerce International, a Brussels-based armaments company with widespread links with the CIA. Commerce International was set up as a front for Task Force 157, an intelligence-gathering arm of the US navy which had evolved into a (...)

_ _ _

Il serait intéressant d'en savoir plus sur Edwin Wilson en Belgique et ses probables liens avec "Commerce International".

Est-ce par ce biais qu'il a connu Armand Donnay ?

Il ne faut plus s'étonner de voir Robert Keith Gray débarquer à Bruxelles et se rendre à l'armurerie Dekaise. La Belgique semble avoir joué un rôle logistique important dans le domaine des armes, y compris pour les "services" américains. On peut aussi noter l'implication de sociétés belges dans IranContra.

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MessageSujet: Re: Moyen, André   Jeu 2 Fév 2017 - 11:34


Sur Irving Brown :

https://www.cia.gov/library/readingroom/docs/CIA-RDP90-00965R000100630005-0.pdf





Voir aussi :

https://www.cia.gov/library/readingroom/docs/CIA-RDP75-00001R000100040175-0.pdf

https://www.cia.gov/library/readingroom/docs/CIA-RDP75-00149R000100500026-1.pdf


Sur David Dubinsky

https://www.cia.gov/library/readingroom/docs/CIA-RDP80R01731R001600070118-2.pdf


Sans oublier ce qui concerne directement André Moyen dans

https://www.cia.gov/library/readingroom/docs/PAPER%20MILLS%20AND%20FABRICATION_0001.pdf


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MessageSujet: Re: Moyen, André   Sam 18 Fév 2017 - 10:20


Irving Brown, voyageant en France et en Italie, va rencontrer Lucky Luciano à Naples. Ce dernier va apporter son aide à la CIA et à Irving Brown pour lutter contre les communistes ; à Cuba, Lucky Luciano va devenir le chef suprême de la mafia. Son complice Meyer Lanski passera par Paris (où les cercles de jeux servaient au blanchiment) et Marseille.

L'association de Irving Brown avec Maurice Castellani ("Les Trois Canards" à Paris) fait penser que Irving Brown était impliqué dans la "French Connection".

Par ailleurs, François-Xavier Verschave a écrit que Charles Pasqua pourrait bien avoir été à la tête de la "French Connection".

D'où des hypothèses sur ce qui s'est passé en Belgique avec André Moyen (qui connaissait Irving Brown) et avec le restaurant "Les Trois Canards" de Ohain (où Vanden Boeynants et Beaurir avaient leurs habitudes).

Il faudrait relire ce que l'ex-gendarme François Raes a écrit à ce propos.

Hypothèse : Vanden Boeynants et Beaurir pourraient-ils avoir été liés à des trafics de drogue pour des financements occultes ? Des financements de ce genre ont-ils été à la base des attaques de fourgons Securitas et du casse de la rue Haute ?

_ _ _

C'est l'occasion de relire

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-cadavres-dans-le-placard-de-169483

(...)

Surprise : Tarditi, à peine arrêté mouille le dirigeant syndical Irving Joseph Brown, le représentant en chef à l’étranger de la Fédération du Travail américain de 1945 jusqu'en 1962. En mai 1962, un autre agent du FBN réussit à joindre les deux histoires : "Andrew Tartaglino avait lancé une enquête sur Irving Brown. « Et grâce à une vérification des antécédents de routine, Tartaglino avait appris que Brown (qui était alors pour la Confédération internationale des syndicats libres le représentant commercial de l'Organisation des Nations Unies) fréquentait un restaurant appartenant à George Bayon à Paris. Tartaglino avait appris ultérieurement qu’Irving Brown était l'ami de Bayon ; et que Bayon utilisé l'alias "Mueller" ; et que le restaurant de Bayon était utilisé par les trafiquants de drogue pour « recruter » des diplomates, comme le malheureux ambassadeur Rosal, comme courriers pour leurs entreprises de trafic de drogue (cela fait penser au personnage d'Henri Ferré surnommé "Le Nantais" dans le film "Razzia sur la chnouf" de 1955, avec Gabin). Ces faits ont alimenté la curiosité de l'agent, et son enquête de Brown a été élargie ; et après vérification avec d'autres organismes gouvernementaux, Tartaglino a alors appris que Brown bénéficiait de privilèges portuaires à New York (ce qui signifie que ses bagages n’étaient jamais vérifiés par les douanes) ; que sa femme, Lilly, était une secrétaire pour Carmel Offie, un agent de la CIA qui possédait une entreprise d'import-export à Manhattan ; et qu'il y avait "une possibilité" que Brown lui-même soit "relié d'une certaine manière avec la CIA" écrit en 2010 Douglas Valentine. Bref, les « narcos » américains venaient de découvrir que la CIA trafiquait, comme le faisait le SAC au même moment. Les mêmes agents du FBI se voyant notifier une fin de non recevoir pour enquêter sur deux autres personnes ; "Jean Jehan et Jacques Mouren, dans le cas de connexion française, pour les mêmes raisons, liées au renseignement.. » (...)

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MessageSujet: Re: Moyen, André   Sam 18 Fév 2017 - 21:24


Irving Brown va par après être à la tête de la "African American Labor Center", ce qui va l'amener à travailler avec Ahmed Ben Bella ainsi qu'avec Roger Faulques qui commandait les forces de Moïse Tshombe au Congo.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Roger_Faulques

Difficile de savoir qui il a rencontré à cette occasion ...

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MessageSujet: Re: Moyen, André   Dim 19 Fév 2017 - 3:20


On retrouve aussi Irving Brown dans

https://www.cia.gov/library/readingroom/docs/CIA-RDP83M00914R002400010029-8.pdf

et dans

https://www.cia.gov/library/readingroom/search/site/Irving%20AND%20Brown


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MessageSujet: Re: Moyen, André   Sam 11 Mar 2017 - 21:42


Après la seconde guerre mondiale, Irving Brown allait à Naples pour rencontrer Lucky Luciano.

Ce dernier a pris contact avec d'anciens collaborateurs français réfugiés en Italie et notamment Etienne Léandri qui sera proche de Charles Pasqua et du SAC.

https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89tienne_Leandri

Irving Brown connaissait André Moyen qui a rencontré Mario Scelba en Italie.

Sur Mario Scelba :

https://books.google.be/books?id=v9tZCwAAQBAJ&pg=PT24&lpg=PT24&dq=%22Mario+scelba%22,+%22Lucky+Luciano%22&source=bl&ots=68JtKSI6ij&sig=LJ4MaDoONlL2sTmuc8ajxgeYyfA&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjGiIKtpc_SAhWK7BQKHdsuAfgQ6AEILzAD#v=onepage&q=%22Mario%20scelba%22%2C%20%22Lucky%20Luciano%22&f=false

Great Heroin Coup: Drugs, Intelligence & International Fascism
Par Henrik Krüger,Jerry Meldon,Peter Dale Scott




_ _ _

L'ombre de la Mafia sur la France

Le Monde | 18.06.1973 à 00h00 • Mis à jour le 18.06.1973 à 00h00 | JACQUES KERMOAL.

NIGHT - CLUBS plastiqués sur la Côte d'Azur, fusillades à Marseille entre bandes rivales, règlements de comptes à Lyon, Grenoble, Nice, Avignon, trois hommes abattus froidement à Paris, dans un paisible restaurant proche de la Cité universitaire, d'autres meurtres mystérieux ici et là : autant d'événements que la police et l'opinion publique interprètent comme les épisodes d'une guerre de gangs.

Des policiers ont même avancé l'hypothèse d'une rivalité entre le " clan des Siciliens " et " le clan des Lyonnais ". Certains fonctionnaires de la brigade des stupéfiants pensent que la lutte pour le contrôle du trafic de la drogue est ainsi entrée dans une phase aiguë. Les mitraillettes et les colts des trafiquants n'en seraient même qu'à fredonner le prélude d'une symphonie sanglante dont, seule, l'Amérique de la prohibition a eu le triste privilège d'être le théâtre-auditorium.

Il semble pourtant que la dénomination de " clan des Siciliens " soit plus précise, plus explicite qu'il n'y paraît. De nombreux spécialistes italiens de la Mafia vont jusqu'à affirmer que, franchissant les Alpes, la Mafia entend ne laisser à personne le monopole du trafic de la drogue. Il est certain que les arguments de ces spécialistes donnent à réfléchir, à la lumière de ce que l'on sait de l'Honorable Société.

La vieille et la jeune

Cette guerre ouverte entre gangs n'est pas sans analogie avec celle qui ensanglanta Païenne et l'Italie dans les années 1955-1965, lorsque Lucky Luciano, d'abord, puis son successeur, Frank Coppola, s'assurèrent le contrôle absolu du trafic de la drogue en Méditerranée et, par contrecoup, de quelque 80 % de l'approvisionnement en stupéfiants des États-Unis. Plaque tournante du trafic, Palerme fut l'objet d'un combat qui dura dix ans et vit, à sa fin, la " vieille Mafia " traditionnelle obligée pour survivre de s'incliner devant la " nouvelle Mafia ", dite " des Américains ".

C'est aussitôt après son expulsion des États-Unis, en 1946, que le gangster Lucky Luciano établit son quartier général à Naples, au numéro 11 de la via Tasso, et se mit à rêver de la conquête d'un empire : celui de la drogue. Jouissant d'incroyables protection, en affaires, avec d'éminents politiciens, ministres ou députés, protégé par de hauts fonctionnaires de la police italienne, Lucky Luciano put mettre sur pied une organisation modèle, si l'on peut dire.

En prudent expert-comptable, fort de son expérience américaine, il se garda bien de heurter de front les adeptes de la vieille Mafia sicilienne, hostiles au commerce des stupéfiants. Il commença donc par mettre dans son jeu deux hommes-clés : Don Calogerro Vizzini, de Villalba, le juge-empereur incontesté de toutes les " familles " de Sicile, et son bras droit (qui sera son successeur), Don Genco Russo d'Agrigente.

Ce sont alors Frank Coppola et Vito Genovese qui assurent, pour le compte de Luciano, la liaison avec les " familles " américaines, Joe Profacci étant sur place l'ambassadeur de Lucky. En expulsant en 1947 soixante-six Italo-Américains vers leur patrie d'origine, le F.B.I. permet à Luciano de se constituer un état-major de choix. Giuseppe Badalamenti, Joe Adonis, Gaetano Piccapane vont s'asseoir à la table des maréchaux du Bonaparte de la drogue, qui peut commencer sa guerre pour la conquête de Palerme.

Ayant astucieusement fait profiter de ses activités deux autres " mafiosi ", Callogero Vizzini et Genco Russo, en les associant dans une fabrique de dragées (dont les amandes sont remplacées par de l'héroïne), et dans une maison d'import-export d'agrumes (des oranges de cire bourrée de drogue sont mélangées aux fruits et ainsi expédiées vers les États-Unis), Luciano peut compter sur leur compréhension et leur influença Or cette influence est considérable.

L'historien Indro Montanelli a écrit à propos de Don Calogerro Vizzini : " Il pouvait sur un simple coup de téléphone convoquer ministres, députés et même évêques. " Les " mafiosi " sont des alliés précieux. Grâce à eux, Lucky Luciano va pouvoir s'attaquer à la vieille Mafia traditionnelle, conquérir Palerme et prendre en main la Mafia des pêcheurs et la Mafia du port, les deux mamelles siciliennes du trafic des stupéfiants.

En moins de dix ans, quatre cent cinquante-sept " pisciotti " (hommes de main de la Mafia), une trentaine de chefs de " cosche " (cellules de la Mafia), douze patrons de " Consorterie " (ensembles de " cosche " ayant des intérêts en commun) et sept chefs de " famille ", dont le docteur Novarra, tombent sur le front de la guerre pour Palerme. Vainqueurs, Luciano et Coppola, laissent à la vieille Mafia les broutilles de la réforme agraire, du contrôle des emplois agricoles, la fixation des prix sur les marchés, se réservant, outre la pêche, les ports et les transports, tout le contrôle des banques et de la construction immobilière.

Jusqu'à sa mort, instruit par son expérience de collaboration avec les services secrets américains, Lucky Luciano recommande à ses " honorables correspondants " disséminés de Beyrouth à Tanger, en passant par Ankara et Marseille, de procéder comme il l'a fait. C'est ainsi qu'acheteurs et transitaires de la drogue servent d'informateurs au MI 5, à la C.I.A., au S.D.E.C.E., à l'organisation Ghelen, voire au SIFFAR italien. Les " correspondants " de Luciano sont partout : à Hambourg, à Marseille, à Tanger, à Londres.

Les " honorables correspondants " se rebiffent

Ces correspondants ne font pas partie de la Mafia, à l'exception de celui de Hambourg nommé Badalamenti. Ils travaillent cependant pour elle, en tant que relais En échange, ils peuvent monter localement une organisation personnelle de vente. On ne leur demande que d'acheter à la Mafia et d'assurer le transit vers les États-Unis, où Joe Profacci réceptionne et distribue la drogue selon les besoins des villes et des États.

Contrairement aux autres chefs de Mafia qui tuent par personnes interposées, Liggio adore mettre la main à la pâte. On lui doit l'assassinat de son ancien protecteur, le docteur Novarra, le meurtre du procureur de la République italienne à Palerme, Giogio Schiavone, et l'élimination du trop curieux journaliste de l'ORA, Mauro de Mauro.

Arrêté, il s'évade de la clinique de Rome où il a réussi à se faire admettre pour se faire opérer. Son infirmière, qu'il a d'ailleurs épousée, l'aide dans cette entreprise, grâce aux relations de Frank Coppola qui veut "récupérer le gamin". L'arrestation de Coppola et son internement à la prison de l'Ucciardone à Palerme, l'assignation du vieux Genco Russo en résidence surveillée, font de Liggio le dauphin, sinon le patron réel du trafic de la drogue en Méditerranée. On assure qu'il fait de nombreux séjours en Sardaigne, en Corse et en Haute-Provence. On affirme qu'il veut mettre fin à l'autonomie des "honorables correspondants " de la Mafia pour en faire des employés de l'Honorable Société.

Mais voilà : la mitraillette de Liggio n'est pas aussi efficace que la réputation d'un Coppola ou le respect dont était entouré Genco Russo. Les " honorables correspondants " non seulement refusent l'allégeance à la Mafia, mais sont tentés d'organiser, en France surtout, leurs propres services d'importation et de vente. Ils n'entendent pas abdiquer devant les ukases d'un jeune blanc-bec de quarante-deux ans, fût-il la meilleure mitraillette de Sicile et la terreur de Palerme. Dans le même temps, la Mafia ne peut se permettre d'abandonner un marché aussi rémunérateur que celui de la drogue à d'anciens correspondants qui veulent profiter de l'expérience acquise à son service pour se transformer en concurrents.

Collaboration avec la police

La commission anti-Mafia du Parlement italien affirme que le chiffre d'affaires mafioso dépasse annuellement, et de près du double, le budget de la République. C'est dire l'importance des intérêts en jeu. Déjà les "pisciotti" téléguidés par Liggio ont passé à plusieurs reprises la frontière française. Leurs méthodes, leur manière de prodiguer des avertissements préalables, sont typiquement siciliennes. Le patron, fort connu, d'un cercle de jeux a trouvé ainsi un jour ses chiens égorgés, à titre de coup de semonce.

Tout est bon à la Mafia pour éliminer la concurrence sur le marché de la drogue. La mitraillette bien sûr, mais aussi la collaboration avec la police pour faire arrêter ceux qui essaient de voler de leurs propres ailes. Beaucoup de " gros coups " des services de répression du trafic des stupéfiants de divers pays sont dus à une étroite collaboration Mafia-police-Narcotic Bureau. L'arrestation de Ricord en Amérique du Sud aurait été impossible, assure-t-on, sans les preuves fournies obligeamment par la Cosa Nostra au F.B.I. américain.

Peut-on, de la même façon, s'attendre en France à de spectaculaires arrestations de trafiquants dans les prochains mois, sur informations fournies par la Mafia ? Dans cette guerre pour le contrôle de la drogue, le " milieu " français manque d'expérience. Il ne peut tabler que sur les passeurs occasionnels et les drogués qui se font détaillants pour payer leur propre consommation. La parade qui consiste à mettre sur le "marché" français le " brown sugar ", cette héroïne conservée à la caféine, ne peut être qu'un palliatif provisoire. Cette substance est en effet assez pure, au moins à 80 %. Le bénéfice n'est pas comparable avec celui que permet de réaliser une dose de morphine-base additionnée de 70 à 80 % de lactose.

Ce ne sont pas seulement les prises de la douane et de la police des stupéfiants qui ont ralenti le trafic d'héroïne en France. La Mafia a fermé les vannes des approvisionnements turcs, libanais et iraniens. Désormais les laboratoires de transformation se trouvent dans le Haut-Adige et en Espagne. Seuls, ceux qui accepteront l'obédience de la Mafia seront approvisionnés. Les super-bénéfices, loin d'égaler ceux d'hier, demeureront toutefois fort appréciables.

Souvent la Mafia a mêlé le trafic d'armes et le trafic de la drogue, payant la drogue proposée sur le marché de Beyrouth par des fournitures d'armes acquises à Berne, Zurich ou Hambourg. Double bénéfice. D'où la tentation de certains marchands d'armes de " doubler " la Mafia également sur le plan de la drogue. Certains y voient une des raisons de la récente fusillade du quartier de la Cité universitaire, à Paris.

Peu importe l'identité des tueurs. La Mafia sait brouiller les cartes. Elle sait utiliser, pour ses vendettas, des rivalités oubliées par tout le monde - sauf par elle. Elle sait ranimer les querelles et tirer discrètement les ficelles. Elle sut ainsi vendre le fameux bandit Giuliano aux carabiniers du colonel Lucas.

La lutte pour le contrôle du trafic mondial de la drogue risque de mettre en jeu des milliards de francs dans les années à venir. La France, par sa situation géographique, est intéressante comme centre de transit vers les États-Unis. La Mafia et ses Dons comme Luciano Liggio, entendent bien la conquérir. Les tueries risquent de se poursuivre encore un certain temps, et même de connaître un regain redoutable dans les mois à venir.

Si au royaume des aveugles les borgnes sont rois, il n'est pas douteux que, dans l'empire de la drogue, les maréchaux de la Mafia sont les mieux placés pour mettre à la raison les capitaines d'aventures. D'autre part, les Italo-Américains de la Cosa Nostra d'outre-Atlantique ont certes leur portefeuille à Wall-Street, mais leur cœur est resté à Palerme.


(*) Journaliste, Jacques Kermoal a collaboré à plusieurs journaux italiens, notamment l'Avanti, le Ore, dont 11 a été rédacteur en chef, et l'Europeo. Il a publié divers ouvrages en Italie et en France, notamment un livre sur le Mafia, l'Onorata Societa (Table ronde), et des essais de politique-fiction, le. Prétendant, le Retour du général, le Procès en canonisation de Charles de Gaulle (Balland).

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