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 Le roman a la cote

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jc1243401



Nombre de messages : 1094
Date d'inscription : 26/10/2009

MessageSujet: Le roman a la cote   Mer 16 Fév 2011 - 17:05

Giancarlo De Cataldo : "Le polar ne doit pas être rassurant" - Magistrat et romancier, mais aussi scénariste pour le cinéma et la télé : Giancarlo De Cataldo, 55 ans, mène plusieurs vies de front. Ou plutôt une même vie sur différents fronts, défendant avec une même conviction - et un brin de pessimisme - sa foi dans la démocratie et ses valeurs fondatrices. Après une saga en deux volets sur l'infiltration de la Mafia dans les institutions italiennes - "Romanzo criminale" et "La saison des massacres" - il raconte dans "La forme de la Peur" l'histoire d'un complot terroriste islamiste manipulé. Je l'ai rencontré à Paris, pour un portrait à paraître dans "Le Parisien - Aujourd'hui en France".
source : http://planete-polars.blog.leparisien.fr/archive/2011/02/10/giancarlo-de-cataldo-le-polar-ne-doit-pas-etre-rassurant.html


Ce roman marque-t-il, après ceux sur la Mafia, le début d'une nouvelle série ?

GDC. Le thème reste le même : la peur, la manipulation de la société, la lutte entre vérité et démocratie d'une part, contrôle et manipulation de la vérité d'autre part. C'est juste une autre période historique.

N'est-ce pas ambigu de laisser entendre qu'une menace terroriste puisse cacher une manipulation ?

Le terrorisme existe, mais aussi la manipulation consciente de l'information sur le terrorisme, la création de faux méchants. Depuis 2001, des policiers ont parfois procédé à des arrestations truquées pour faire avancer leur carrière. L'idée de ce roman m'est venue d'un procès que j'ai conduit, en 2004, où trois pêcheurs égyptiens étaient présentés comme de dangereux terroristes parce que la police avait trouvé chez eux de l'explosif, du Tritol. Pendant le procès, on a découvert trois éléments accréditant la manipulation : 1. un de ces hommes, contacté par les services secrets italiens pour devenir informateur, avait refusé ; et on lui avait dit : fais attention, tu vas avoir des problèmes. 2. une semaine avant la saisie d'explosifs, la même équipe de policiers avait dévouvert le même explosif auprès d'un gang de voyous albanais : il en manquait une partie... que l'on a retrouvé chez l'Egyptien. 3. quinze jours après l'arrestation de l'Egyptien, ils ont aussi trouvé chez lui une espèce ceinture de kamikaze. J'ai demandé à des techniciens israéliens de l'expertiser et ils ont éclaté de rire : c'était le genre de ceinture dans laquelle les pélerins de La Mecque gardent leur argent. Un officier des services secrets est venu témoigner et les trois pêcheurs égyptiens ont été libérés.

Qu'est-ce qui motive ces manipulations ?


La recherche du succès personnel, de la promotion. Mais aussi une manipulation de la peur, qui est un formidable instrument de gouvernement. Les citoyens européens sont comme des enfants à qui les grands-parents ou la nounou racontent un conte de Grimm ou de Perrault. Notre imaginaire devient obsédé par la peur. J'ai dirigé un autre procès dans lequel un groupe de soi-disant terroristes islamistes était soupçonné de vouloir empoisonner l'eau de Rome. Or, le traducteur à qui l'on avait confié la transcription des écoutes téléphoniques ne comprenait pas l'arabe : il avait pris une expression qui signifie "à demain" pour "cianuro", le poison en italien. Alarme générale ! Or, depuis 2001, on n'a jamais eu d'attentat terroriste islamiste en Italie, jamais.

Vous montrez dans vos livres une police très divisée, avec une frange inquiétante, incontrôlée...

A Bologne, dans les années 90, sévissait une organisation criminelle, La Banda della Uno Bianca, qui a fait 26 morts et 110 blessés lors d'attaques à main armée. C'étaient tous des policiers. C'est la même histoire que la bande des "tueurs du Brabant" en Belgique. Ce n'est pas une nouveauté. Dans mon roman, le "Commandant" et son organisation sont des personnages imaginaires, mais leur fonctionnement est réaliste. Le personnage du hooligan néo-nazi devenu policier est modelé sur de jeunes policiers ou de jeunes voyous que j'ai connus personnellement. J'ai connu aussi des types comme le personnage du jeune anarchiste dans des affaires d'infiltration des services secrets. Le commissaire Lupo, le "flic démocrate", est un mélange de différents policiers du Bureau des affaires intérieures que j'ai rencontrés. Il ressemble aussi à Nicola Calipari (ndlr. mort en Irak en 2005), un grand flic qui utilisait son cerveau, pas ses armes.

Les policiers "démocrates" ont plus de mal à faire leur travail que les "manipulateurs" ?


Oui, car dans l'esprit de l'opinion, la police, c'est la répression du petit crime. C'est un autre aspect du gouvernement de la peur : tu dois craindre les Gitans, les petits voyous, les toxicos, les cambrioleurs... Mais laisser faire la grande criminalité. Dans la vie, on remarque les petits criminels mais on ne comprend pas la criminalité financière. C'est pourtant elle qui influence la vie quotidienne...

Il y a trois ans, vous disiez : entre le monde politique et la justice, en Italie, c'est la guerre, et la politique est en train de gagner. C'est toujours vrai ?


Cette guerre dure depuis 25 ans. Le devoir institutionnel d'un juge est de considérer tous les hommes égaux face à la loi. Or, le pouvoir politique ne veut jamais être jugé. En Italie, le pouvoir prétend que les juges veulent réaliser un coup d'état anti-Berlusconi. Et donc, qu'il est légitime qu'il refuse d'être jugé. C'est un mythe qu'ils ont construit, qui vient de loin, qui remonte à Bettino Craxi dans les années 90. Quand le peuple italien comprendra que la légalité est une valeur pour toute la société - pas une lutte entre les juges et Berlusconi - alors les choses changeront.

Vous siégez encore ?


Oui, je suis juge à la Cour d'Appel (à Rome ndlr). A Naples, on dirait que je suis "le vieil homme qui rabaisse les peines".

Vous êtes-vous fait des ennemis avec vos romans ?


Les ennemis, je les avais déjà avant. Les policiers "démocrates" m'approuvent. Mais pas seulement. Des policiers qui avaient participé à la violente répression lors du G8 à Gênes, en 2001, m'ont téléphoné un jour pour me rencontrer : on a dîné ensemble, ils m'ont expliqué qu'ils avaient été manipulés, eux aussi. Dans mes livres, je ne juge personne, chaque personnage a ses motivations. Les voyous le comprennent aussi. Je ne suis pas un écrivain moraliste, je ne dénonce pas de monstres.

Comment trouvez-vous le temps de travailler autant ?

J'ai la chance d'écrire vite, et de travailler avec des collègues intelligents, très efficaces pour régler les aspects techniques des procès. Cela me laisse du temps. J'écris aussi des chroniques pour "La Repubblica", pour des magazines, des essais, des scénarios pour le cinéma et la télé. Le plus important, c'est d'écrire pour le plaisir. Et le citoyen qui se trouve face à un juge-écrivain se dit : cet homme-là ne va pas chercher à devenir populaire sur mon dos, il l'est déjà. Alors il a confiance.

Vous écrivez depuis longtemps ?

J'ai commencé à 8 ans, parce que je ne savais pas jouer au foot. En Italie, quand on n'est pas bon au foot, on devient un intello...

Supporteur de l'AS Roma, quand même ?


C'est comme la foi. Ma femme déteste cela, mais j'ai offert à mon fils (18 ans. ndlr) sa première écharpe. J'aimerais bien qu'ils gagnent un autre Scudetto (championnat) avant que je meure. En Italie, l'explosion de la passion générale pour le football a coïncidé avec la perte des idéaux politiques. Hormis en Corée du nord, au Népal et dans la guerilla indienne, le communisme n'existe plus que dans les fantasmes de Berlusconi. Quant à la religion, en Italie, on est catholique pour la morale sexuelle. La bannière du club devient l'idéal auquel consacrer sa vie.

"Le père et l'étranger", qui sort en même temps que "La Forme de la peur", est présenté comme en partie autobiographique...
Pas la partie complot terroriste, mais la partie sur les enfants malades, oui. J'ai perdu une fille qui est morte de maladie à 14 ans. Ce manuscrit m'a permis de me libérer de la douleur. Il a longtemps été refusé par les éditeurs avant d'être enfin publié. J'ai adapté le livre pour le cinéma : le film sort en Italie le 18 février, mis en scène par Ricky Tognazzi - le fils de Ugo - avec dans le rôle du père Alessandro Gassman - fils de Vittorio -

Que pensez-vous de la "mondialisation" actuelle du roman policier ?

Beaucoup d'auteurs dans la lignée de Mankell ou Larsson décrivent la même situation : des démocraties en crise, menacées. Mais il subsiste un polar plus traditionnel, avec PD James, Alexander McCall Smith ou Donna Leon. On est aussi dans une période de dissémination :des éléments de polar ont contaminé tous les écrivains, tandis que des auteurs de polars prennent leur distance. Moi-même, je ne veut pas écrire que cela. Mon nouveau livre, "Le Traître", est un roman historique sur le "risorgimiento" (période de l'histoire italienne au XIXe siècle). L'écriture de polars ne doit pas être tranquille. On court le risque de faire du style, de devenir neutre, rassurant.

«La forme de la peur», de Giancarlo De Cataldo et Mimmo Rafele, éditions Métailié, 208 pages, 20€. «Le père et l’étranger», éditions Métailié, 144 pages, 11€. En librairie le 17 février. Le Parisien (Paris, le 8 février).
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