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 Pierre-Paul De Rycke

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MessageSujet: Pierre-Paul De Rycke   Ven 16 Mar 2007 - 14:31

L’étrange disparition d’un homme clé

On vient d’apprendre le « suicide » étrange d’un certain Pierre-Paul De Rycke. Un personnage important de la vie nocturne bruxelloise, il y a plus de seize ans, et courroie de transmission entre l’extrême droite subversive, des « notables » importants du milieu du banditisme, des policiers et des militaires de carrière. Il fut soupçonné d’être à la tête d’un réseau de chantage lié au Front de la jeunesse. Principales victimes : des magistrats. Pourquoi De Rycke est-il mort ?

Dans son édition du 31 mai, le journal satirique « Père Ubu » (proche des intégristes d’extrême droite de l’association Belgique & Chrétienté) nous informait que « Pierre-Paul De Rycke vient de se « suicider » (la balle fatale a été tirée à une certaine distance de sa tête, ce qui prouve que l’homme avait le bras long…) à Zellik ». Marquant son étonnement sur cette étrange disparition, « Père Ubu » ne semble cependant pas bien connaître le personnage en question. Pourtant, celui-ci est une vieille connaissance des réseaux antifascistes belges et français. En effet, en janvier 1987, « Article 31 » (un mensuel belgo-français d’investigation contre l’extrême droite) avait publié un article concernant le « rapport Jonathan ». Un rapport d’enquête rédigé par la police judiciaire liégeoise, vers le mois de mars 1984, sur les liens du « club Jonathan », dirigé par le même Pierre-Paul De Rycke et fréquenté par une drôle de clique. Ci-dessous, nous republions cet article (entre-parenthèse, nous y avons rajouté des « notes de la rédaction » – ndlr).


La « rapport Jonathan »

(in « Article 31 », n° 26, janvier-février 1987, pp. 17-19)

Pierre-Paul De Rycke, ce « gentil organisateur » de la vie nocturne bruxelloise est loin d’être un inconnu, puisqu’en octobre 1985, il fut candidat aux élections législatives sur les listes de Forces Nouvelles (ndlr : qui ensuite prendra le nom de Parti des forces nouvelles, le PFN) et qu’il est en contact permanent avec les responsables du Front de la jeunesse (groupe d’action de Forces Nouvelles et soutenu, dans les années septante, par le CEPIC, l’aile d’ultradroite du Parti social-chrétien, le PSC, menée par l’ancien ministre de la Défense Paul Vanden Boeynants).

De Rycke fut le propriétaire du bar nocturne le « Jonathan » et, après l’avoir vendu, s’installa ensuite dans un autre établissement, « Le Plein pot ». C’est là qu’au soir des élections législatives de 1985, Forces Nouvelles conviait ses sympathisants à venir fêter les succès partiels remportés par cette formation. Dans le « rapport Jonathan », le club de Pierre-Paul De Rycke était décrit comme « le quartier général de l’extrême droite ».

Il forçait ses « hôtesses » à la prostitution, et celles qui hésitaient se voyaient taxées d’une amende. Le rapport fait aussi état de l’utilisation de drogues dures dans le club, mais se sont les pratiques de chantage qu’il convient d’examiner plus attentivement. On organisait au « Jonathan » des shows de hard-porno, auxquels les clients participaient, et dont on faisait ensuite écho dans le magazine porno « Paris Las Vegas ».

Le chantage
Mais poursuivons la lecture du rapport : « De Rycke profitait de ces manifestations pour prendre des photos scandaleuses, qu’il utilisait ensuite pour faire chanter les gens. De Rycke poussait ses hôtesses à soûler les clients, de manière à ce qu’ils ne s’opposent pas à la prise des photos. Il pouvait les utiliser par la suite pour mettre les clients « sous pression ».

Jean Bultot (l’ancien directeur adjoint de la Prison de Saint-Gilles, membre actif du Parti des forces nouvelles et lié à plusieurs « acteurs » clés du dossier des tueries du Brabant) était une des personnes filmées. Toujours selon le rapport, De Rycke garda la cassette pour pouvoir le faire chanter plus tard. « Une grande amitié semblait cependant les lier » ajoute-t-on. La note continue en signalant la présence du directeur d’une agence de banque de Cureghem (quartier d’Anderlecht, une des 19 communes de Bruxelles). Il encaissait les chèques des clients. Les chèques n’apparaissant donc pas dans la comptabilité du club. Autre client régulier de ce haut lieu de la vie nocturne : un marchand d’armes, soupçonné de trafic.

Les militants d’extrême droite arrivaient armés au « Jonathan ». Le rapport se fait même plus précis : « Parmi eux se trouvaient des militaires d’active, qui amenaient avec eux les armes de leurs unités ». « (…) En certaines circonstances, le Front de la Jeunesse assurait la sécurité du club. Les agents de la sécurité étaient dirigés par un habitué, Francis Dossogne (1) ».

Plus loin, on cite encore une série de gens du « milieu », qui tous entretenaient d’excellentes relations avec Jean Bultot. Parmi ceux-ci, on cite Raymond Lippens, une des personnes mises en cause dans « le casse de la rue Haute », un hold-up dans une agence de la Société générale, où des gangsters ouvrirent en un week-end un nombre impressionnant de coffres, dans le style du « casse de Nice » de Spaggiari (2).

On y parle aussi du propriétaire d’un club de la Porte de Namur. Ce club fut repris par un ancien membre de la police judiciaire, Freddy G, un inspecteur ayant enquêté dans le cadre de la Bande de Nivelles (nom donné à la bande des tueries du Brabant). Freddy G quitta la PJ, mais tomba, l’an passé, pour proxénétisme.

On y parle encore d’un coiffeur et d’un ancien légionnaire du Vietnam. Tout ce beau monde fut inquiété lors de l’« opération Vietnam », opération montée en novembre 1985 dans le cadre des recherches sur la Bande des Tueurs. Et le « rapport Jonathan » continue : on cite le patron d’une firme de taxi bruxellois, disposant de sa propre équipe de choc.

La police, les barbouzes
Parmi les clients, on trouve également des inspecteurs et des agents de la police de la commune de Saint-Gilles, qui consommaient gratuitement les boissons du « Jonathan ». Un d’entre eux, un certain Van Ryckel, est d’ailleurs un adepte du tir pratique. Il a été arrêté l’an passé pour avoir commis un hold-up dans un bureau de poste. Et la liste continue. Dans la bande du « Jonathan », on cite encore deux « instructeurs » : Lucien-Victor Ott, un ancien gorille du président De Gaulle, et Jacques Calmette, un ancien instructeur de la firme privée de sécurité « Wackenhut », du Front de la jeunesse et du Westland new post (WNP). Calmette a aussi formé le service d’ordre de Forest National, les gardes de City 2, des membres de l’Escadron spécial de la gendarmerie, des gardes de corps d’hommes politiques…

Le rapport précise encore que Jean Bultot participa à des « réunions confidentielles », auxquelles prenaient part De Rycke, Lippens, le patron de taxis et un certain José S.

En résumé, le « Jonathan » servait de lieu de rencontre à un mélange détonant : des militants d’extrême droite et des gens du milieu (banditisme). Mais avant tout, il servait à monter des opérations de chantage via l’utilisation de photos compromettantes. Et cela nous remet en mémoire une série de dossiers qui firent déjà couler beaucoup d’encre dans le passé.

(…) On nage en pleines eaux troubles. La fonction précise du chantage monté autour du « Jonathan », comme les victimes de celui-ci restent vagues. Ce qui est sûr par contre, c’est que les victimes favorites des maîtres chanteurs appartenaient à l’appareil judiciaire. Ce qui est par contre incompréhensible, c’est que le « rapport Jonathan » n’ait jamais donné lieu à une enquête sérieuse.

Notes :

1. Francis Dossogne a commencé sa carrière professionnelle comme journaliste au « Nouvel Europe magazine » (journal d’extrême droite lié à la droite du PSC, le CEPIC de Paul Vanden Boeynants). Ensuite, il a dirigé « Le Moniteur de l’Indépendant », un journal lancé par Forces nouvelles et qui visait les petits indépendants. Après sa condamnation au procès du Front de la jeunesse (1981-82), Francis Dossogne a monté un bureau de détectives « Europa » dans lequel, il embauchait semble-t-il les gros bras de son mouvement politique.

A propos de Francis Dossogne, à lire sur le site de RésistanceS
2. Le cerveau du « casse de la rue Haute », Serge de Thibault de Boesinghe, a été condamné, en 1982, à cinq ans de prison. Il s’était déjà enfui lorsque le tribunal ordonna son arrestation immédiate. Dans les années soixante, de Thibault militait dans l’organisation Jeune Europe. Dans les années septante, il devint membre d’une organisation néonazie internationale, le Nouvel Ordre Européen, et milita dans la branche belge du mouvement, avec l’ancien combattant du Front de l’Est et rexiste, Jean-Robert Debbaudt (ndlr : aujourd’hui, membre du Vlaams Blok et proche du Bloc Wallon ; à lire sur notre sitel). Ce dernier était très lié à Léon Degrelle, l’ancien chef de Rex et général SS réfugié en Espagne. Lors d’une perquisition au domicile de Serge de Thibault, on trouva des emblèmes nazis et du courrier montrant qu’il était lui aussi en contact tr ès étroits avec Léon Degrelle. Certains allèrent même jusqu’à affirmer qu’une partie de l’argent (du « casse de la rue Haute ») avait pris la route de l’Espagne pour rejoindre le « beau Léon ». Au moment de sa condamnation, Serge de Thibault était le vice-président d’un groupe d’extrême droite, la Ligue civique belge. La justice vient semble-t-il d’accorder à Serge de Thibault de Boesinghe la révision de son procès sur la base des rétractions tardives d’un de ses accusateurs.



Article diffusé une première fois par « RésistanceS-Info-Net » n° 44 – 31 mai 2001

source : http://www.resistances.be/tueurs12.html
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