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 Cahen, Alfred

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HERVE



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MessageSujet: Cahen, Alfred   Sam 7 Nov 2015 - 15:43



http://archives.lesoir.be/les-grands-temoins-belgitude-d-un-citoyen-du-monde_t-19961121-Z0CZ39.html?queryor=cahen&firstHit=0&by=10&when=-2&begYear=1996&begMonth=11&begDay=21&endYear=1996&endMonth=11&endDay=22&sort=datedesc&rub=TOUT&pos=0&all=1&nav=1

LES GRANDS TEMOINS

BELGITUDE D'UN CITOYEN DU MONDE ALFRED CAHEN

CORDY,JACQUES; COLLETTE,JEAN-PAUL; MARTON,RUDOLF

Jeudi 21 novembre 1996

Il fallait qu'un tel personnage fût diplomate, et qu'un tel diplomate, de

Léopoldville à Paris, devînt grand témoin de quatre décennies (1956-1996)

aussi passionnantes que cruciales pour la Belgique et le monde. Du ministre

et ami Henri Simonet à Henry Kissinger, du regard critique sur la société

belge au mode d'emploi de notre Etat fédéral à l'usage des visiteurs

français, le récit scintille, prenant l'allure d'un calepin de l'Histoire.

Etre diplomate, n'est-ce pas une drôle d'idée, dans cette seconde moitié du XXe siècle où chefs d'Etat et de gouvernement communiquent sans la moindre difficulté et se rencontrent fréquemment, l'avion ayant supprimé toute distance ?

- J'avais 12 ans. Je dévorais les livres d'Histoire. Je ne pensais à rien d'autre qu'à être historien. Enseigner l'Histoire, écrire l'Histoire, on peut toujours le faire, me disais-je. Aussi ai-je eu envie très vite - non pas d'être un acteur de l'Histoire - mais d'en être un observateur proche. La carrière diplomatique me semblait la voie royale. Ce qui est extraordinaire, c'est que je n'ai jamais été déçu. En 1956, j'entrais aux Affaires étrangères. J'étais Talleyrand. L'idée que je me faisais de ma mission était immense. Je ne me doutais pas des quarante années de formidables mutations mondiales qui attendaient le simple stagiaire que j'étais.

Un grand aîné s'en allait...

- Paul-Henri Spaak, grand ministre des Affaires étrangères, est, en effet, sur le point de quitter la maison des Quatre-Bras. A l'époque, la Belgique est un Etat centralisé. La guerre froide domine le monde partagé en deux blocs. L'Europe est un continent divisé. Le Congo est une colonie de la Belgique, Rwanda et Burundi sont ses territoires sous mandat. La première grande mutation que j'allais vivre, c'est la décolonisation, «annoncée» par la réunion des 29 pays du tiers monde à Bandoeng, en 1955. Pour les Belges, l'événement concerne le Congo en 1960. J'y serai sans trop tarder puisque je ferai partie de l'ambassade à Léopoldville (future Kinshasa) dès 1962.

Les 40 années de mutations commençaient en fanfare, pour vous, en Afrique. Quels ont été les autres grands changements ?

- D'abord, ceux qu'a connus la Belgique où je revenais vivre périodiquement entre mes missions à l'étranger. Le pays, comme on sait, va lentement évoluer vers le fédéralisme, jusqu'aux accords récents de la Saint-Michel. Mais la plus grande mutation qui ait marqué ces fameuses 40 années est l'énorme évolution du monde passant de la glaciation soviétique à l'effondrement de l'empire ! J'ai suivi les étapes du gigantesque cataclysme, successivement de Bruxelles, Washington, Londres et Paris. Avec ces points forts : 1986, les craquements de l'édifice, et 1989, l'accomplissement de l'inimaginable. Avec les conséquences qu'on n'a pas encore toutes appréhendées mais dont certaines sont évidentes : la fin de l'affrontement Est-Ouest, la fin de la division du continent européen, l'émergence de l'Allemagne unifiée, la fin de la bipolarisation du monde.

Le jeune diplomate confronté au concret ?

- Il y a des chances dans l'existence : dès cette seconde moitié des années cinquante, celle de mes premiers pas, elles s'offrent. C'est à ce moment qu'on signait les traités de Rome. L'Europe prenait son vol ! On travaillait aussi à la transformation de l'«Organisation de coopération économique» en y ajoutant le développement, ce qui donnerait l'OCDE. On m'appelle à Paris. Trois ans de dur labeur, et en finale, la présidence du comité de rédaction du traité de l'OCDE... A Bruxelles, on cherchait des diplomates connaissant l'Afrique : le Congo devenu indépendant donnait des soucis. Quelques années auparavant, comme assistant à l'ULB, j'avais donné des cours, notamment à deux Congolais. Or, ils étaient soudain devenus ministre des Affaires étrangères (Bomboko) et secrétaire d'Etat (Mandi) : j'étais le diplomate idoine !

L'Afrique: la découverte ?

- Parti sans enthousiasme, un soir d'hiver, j'arrive là-bas à l'aube. Qui dire de la beauté saisissante de l'aube en Afrique ? Au premier regard, ce fut le coup de foudre. Il dure encore. Amoureux raide d'un continent. En outre, au pied de l'avion, se tenait un Justin Bomboko hilare. J'ai eu beau monter en grade depuis, jamais plus un ministre n'est venu m'accueillir ainsi. La découverte la plus importante en Afrique est celle de l'amitié. Etre l'ami d'un Africain a quelque chose de bouleversant. C'est, en tout cas, rencontrer la fidélité la plus étonnante. J'en ai eu des preuves multiples. Surtout quand tout allait mal. On a toujours un peu froid à l'âme lorsqu'on a quitté l'Afrique...

«L'ONU est un point de contact irremplaçable. (...) Mais «le» centre du pouvoir international, c'est Washington. »

Diplomate aux Nations unies: le monde à portée de main ?

- Jeune diplomate encore, c'est en effet le monde qu'on met à portée de main de ce néophyte. Mais j'avais été étudiant aux Etats-Unis : les States, New York, je connaissais. Quant à l'ONU, pour l'avoir vécue de l'intérieur, je la crois (encore aujourd'hui) absolument indispensable : c'est un point de contact irremplaçable. Mais aussi, il est vrai, un endroit où les choses se développent lentement, trop lentement. Cela dit, c'est enivrant : les responsables de haut niveau du monde entier s'y croisent. Les vains discours officiels, qui reflètent le plus souvent des positions nationales, sont largement compensés par les rencontres parallèles : c'est dans les couloirs que les Nations unies vivent intensément !

Des étonnements ?

- Des ahurissements et parfois de belles surprises. Ainsi, dans ces années soixante si amères pour la Belgique, ex-puissance coloniale, j'appartenais à deux commissions : celle de la décolonisation où nous faisions encore alors l'objet d'accusations, et celle des affaires financières et administratives... Un jour que j'y siégeais, surgit tout à coup le délégué congolais sortant de la commission de décolonisation. Il me dit : «Alfred, viens vite ! Le délégué soviétique attaque la Belgique !». Je m'y rends en coup de vent, et là, à la «table Belgique» - le délégué congolais à mes côtés - j'ai pu répondre à l'agression du Russe durablement médusé.

Un autre «centre du monde» : Washington ?

- Pour moi, qui l'aborde de 1974 à 1977, davantage aguerri, c'est «le» centre du pouvoir international (ce l'est resté, je crois...). Quoi qu'il en soit, les années que j'y passe sont passionnantes. Nixon vient de quitter la Maison-Blanche, le vice-président Ford s'y installe, et recolle les morceaux. Il allait être un président remarquable. Mais, surtout, le secrétaire d'Etat Kissinger reste ! Il est entouré de gens d'une qualité exceptionnelle. C'est la fin de la guerre du Vietnam. Un choc pour l'Amérique, mais fondamentalement un immense soulagement. La guerre froide se poursuit, à l'époque. J'observe l'action de Kissinger à cet égard avec passion, et j'ai avec lui des échanges dont je garde la plus vive impression. Comme tous les diplomates de ma génération, la guerre froide, «je vis avec», ce n'est pas une nouveauté, mais c'est le théâtre qui est nouveau ! Je ferai part de toute cette expérience à mon prochain ministre des Affaires étrangères, Henri Simonet, à Bruxelles, chez qui je vais me retrouver après Washington.

Autre expérience : à l'ombre du pouvoir...

- Sous un autre ministre, le remarquable M. Fayat, ce grand Flamand et ce grand Belge, j'avais déjà connu cette proximité du pouvoir. Mais, cet autre ministre, l'ami Simonet (nous avons fait nos études ensemble) me fait bientôt directeur général de la politique. C'est le plus beau poste de la carrière ! Avec Henri, j'entreprendrai une tournée au Proche-Orient. Mais il ne faudra pas tellement de temps pour qu'il «saute» sur l'affaire des missiles. Par pure conviction, s'éloignant par la même occasion de son parti, le PS.

Dans cet Orient que je n'aborde pas «avec des idées simples», on sent le début, en Israël comme chez les Palestiniens, d'un besoin de paix. C'est l'atmosphère de «Camp David», bien que tout soit extrêmement fragile. A noter : l'Europe était très présente - peut-être plus qu'à présent - mais elle souffrait du même handicap qu'aujourd'hui : la méfiance d'Israël. Je rencontre Arafat. Il me parle de mon nom : Cahen est évidemment un nom juif que, tout en étant belge, je revendique hautement. Il me dit: «Pour nous, vous êtes des cousins». Sur quoi je lui demande s'il a vu le film «Rabbi Jacob» et la séquence où le Juif (de Funès) serre la main de l'acteur qui joue l'Arabe, tous deux concluant qu'ils sont cousins. Il a vu le film, sourit, et répond : «Je suis d'accord avec ça».

Retour au grand large : l'UEO.

- L'Union de l'Europe occidentale (organisme de coopération militaire entre pays européns) dormait depuis dix ans. En 1984, après une réunion à Rome où est approuvée une résolution de relance de l'UEO, je me retrouve secrétaire général de cette «Belle au bois dormant», à Londres. Je multiplie les réunions : cela réveille des ardeurs insoupçonnées. On connaîtra même des séances de nuit ! Bref, une remise sur rails. A preuve, en 1991, l'Alliance atlantique l'a enfin reconnue comme son pilier européen. Vous me direz : la Yougoslavie ! Mais que pouvait faire l'outil sans une volonté politique au sommet ? Chacun tirait de son côté : l'Allemagne par-ci, la France par-là, l'Angleterre dans une autre direction encore. En même temps, si l'on met cela en perspective historique : en 1914, le même problème yougoslave a mis le feu à l'Europe tout entière. Pas cette fois, même s'il s'est passé là-bas tout ce qu'on a pu déplorer.

Revoir Paris...

- Comme dans la chanson ! En effet, je suis nommé ensuite ambassadeur à Paris, un beau mois de mai 1985. Ma mission vient à peine de prendre fin, c'est donc 7 ans de séjour que j'ai accomplis, non loin de l'Arc de triomphe, au lieu des 4 ou 5 habituels : la relève a un peu tardé, je ne m'en plains pas. Car Paris, c'était l'occasion de donner de la Belgique une image à laquelle les Français n'étaient pas accoutumés. Un des moyens : écrire et parler, un peu partout en France. Mon autre profession, l'enseignement, va m'y aider : je suis élu membre correspondant de l'Académie des Sciences morales et politiques de l'Institut de France, et aussi membre correspondant de l'Académie des Sciences d'Outre-mer. Des tribunes prestigieuses où faire passer le message; on m'offre des cours dans diverses universités : cela y contribue aussi, on m'invite à tenir des conférences ici et là; sans parler des activités diplomatiques multiples du représentant du Roi des Belges à Paris, activités qui ont, paraît-il, notablement épuisé le personnel de l'ambassade, rue de Tilsitt, et quelque peu votre serviteur...

Le frémissement de l'idée rattachiste (de la Wallonie à la France) vous est-il apparu à Paris ?

- Il y a bien entendu des cercles, à Paris, où le rattachisme est bien vu. Pour moi, ce sont un peu des cercles paléo-gaullistes, avec notamment Saint-Robert; il y a aussi l'inévitable Jean-Pierre Chevènement, mais il faut bien dire qu'il n'est pas au centre des choses pour le moment. Pour le reste, le rattachisme ne soulève en France, en tout cas à Paris, aucun enthousiasme.

Au contraire, je vois des gens très inquiets pour l'avenir de la Belgique, devant la possibilité d'un éclatement. Thierry de Montbrial, membre de l'Institut, m'aborde un jour, tout à fait paniqué : «Alfred, est-ce que c'est vrai tout ce que l'on raconte sur la Belgique ?»

Si je n'ai pas entendu quinze fois le président Mitterrand dire à des personnalités belges «L'Europe a besoin d'une Belgique forte et unie», je ne l'ai jamais entendu... Chaque fois qu'il rencontrait une personnalité gouvernementale belge régionale, c'était parti : «L'Europe a besoin...», lui disait-il, en me regardant dans les yeux... Et quand on a eu la cohabitation, Mitterrand a continué et Balladur a dit la même chose... Et je sais que Chirac le pense aussi.

«Le malaise créé par les tueurs du Brabant, l'affaire Cools, maintenant cette immense émotion; l'allumette a mis le feu et le feu a pris...»

Depuis quelque temps, l'image de la Belgique est malheureusement aussi celle de Dutroux... Celle d'une crise de confiance envers les institutions, venue s'ajouter à une crise institutionnelle...

- Ce n'était pas une vraie crise institutionnelle. Les institutions devaient plutôt s'adapter. Je viens de représenter la Belgique pendant sept ans à Paris, une période donc où la mutation s'achevait. Avec d'une part, l'installation de la Communauté française avec sa délégation générale, avec de l'autre la transformation des attachés économiques (de l'ambassade) en attachés régionaux. Cela n'a pas posé le moindre problème...

Mes attachés - mes deux Wallons, mes deux Flamands et mon Bruxellois - tous travaillaient avec moi de façon extraordinaire. J'ai eu trois visites de ministres-présidents, Guy Spitaels, Luc Van den Brande et Robert Collignon, pas le moindre problème. Mais bien entendu, on a tout à fait respecté les compétences de chacun...

Les Français sont étonnés par nos institutions, dans une mesure pas croyable. On essaie de leur expliquer les Communautés, les Régions... Cela va plus ou moins. Mais quand on leur dit qu'il n'y a pas de hiérarchie des normes entre les niveaux communautaire, régional, les bras leur en tombent : «Cela ne peut pas marcher !».

Moi, je dois passer ma vie à expliquer tout cela. En simplifiant bien sûr, en soulignant qu'il faut des adaptations... Qu'il s'agit d'une évolution institutionnelle qui n'est pas terminée. Et puis, je leur dis toujours : «Vous ne croyez pas que cela vaut mieux que de se battre comme dans l'ex-Yougoslavie ?» Ajoutant parfois : «Si l'on avait donné notre Constitution aux Yougoslaves, ils ne se seraient jamais battus, parce qu'ils seraient toujours en train de la lire, en essayant de la comprendre...»

La Belgique traverse bien, en revanche, une crise morale...

- La crise morale est aussi elle-même le résultat d'une évolution. L'affaire Dutroux, en soi, est une chose horrible, mais si on la prend en elle-même, c'est un fait divers affreux : il touche des enfants, ce qui ajoute l'émotion à l'horreur; je suis grand-père de neuf petits-enfants, cela ne me laisse donc pas indifférent... Mais un tel fait divers peut arriver partout. Qu'on se souvienne de Landru, Petiot, de l'éventreur de Londres...

Seulement, cette émotion terrible vient se greffer sur d'autres événements. Les tueurs du Brabant. Les mille et un mystères autour de Cools et d'Agusta. Les «affaires», donc. Mais attention, nous ne sommes pas les seuls : en France, il y a quelques affaires, à ce que l'on m'a laissé entendre...

On a dit que Dutroux, ce n'est pas seulement l'affaire d'un criminel abominable mais celle d'un réseau, ce qui est pire. Il aurait bénéficié de complicités. Aurait... Parce que, jusqu'à présent... Ce n'est pas parce qu'un inspecteur principal, un flic-chef, soyons clair, aurait protégé Dutroux que c'est quelqu'un de haut placé. Si cela s'arrête là...

Mais on ajoute que des gens haut placés auraient participé aux horreurs... Alors là, si c'est vrai, il faut qu'on le dise vite, en donnant des noms; il ne faut pas laisser planer le doute. Sinon subsistera l'impression que tous les hommes politiques, toute la direction économique et morale du pays, sont impliqués.

C'est donc aussi une histoire de maladresse, qui vient se greffer sur tout le reste, comme les rebondissements de l'enquête sur l'assassinat d'André Cools, avec un Alain Van der Biest en prison. Je ne connais rien au dossier mais l'idée d'Alain tuant une mouche...

La crise morale, c'est l'ère des soupçons. La méfiance envers la classe politique et, maintenant, envers la magistrature, la gendarmerie et la police. Qui, avec toutes leurs déclarations qui n'en sont pas, attisent le soupçon. Le malaise créé par les tueurs du Brabant, l'affaire Cools, maintenant cette immense émotion; l'allumette a mis le feu et le feu a pris...

Cette méfiance générale envers les institutions est très dangereuse pour la démocratie. Et nous ne sommes pas le seul pays d'Europe occidentale où cela se passe, même si cela se greffe, chez nous, sur l'évolution institutionnelle.

La crise est européenne ?

- Il y a le fait de cette stagnation économique. La construction européenne ne progresse bien que dans les années de prospérité, parce qu'elles amortissent les chocs de cette construction. Les «golden sixties» ont été suivies d'un europessimisme lié au premier choc pétrolier, puis, dans la seconde moitié des années quatre-vingt, par un nouvel europtimisme dans lequel on a négocié Maastricht. Malheureusement, Maastricht est arrivé en 1992, quand on était retombé...

La monarchie belge est-elle populaire en France, sous Albert II comme sous Baudouin ?

- Oui, très populaire, et les Français ont été très impressionnés du choc éprouvé par les Belges à la mort du roi Baudouin. Plantu (le caricaturiste du «Monde») m'a offert le dessin qui montrait les Flamands et les Wallons rentrant en deux files au Palais royal et ressortant dans une seule, en pleurant... Dès qu'il y a une grande crise, comme aujourd'hui, les Belges réagissent de manière nationale.

La Belgique souffre-t-elle de l'absence de grandes personnalités politiques ?

- Le contexte a changé. Il y a surtout l'écroulement des certitudes. Ce n'est pas tous les jours qu'un Spaak, fort de sa certitude, quitte la Chambre après avoir voté contre son gouvernement... De plus, aujourd'hui, l'homme politique a trois minutes pour se vendre. On va au plus vite, au plus superficiel.

Vous êtes connu pour votre art de sortir toujours la bonne citation au bon moment... Un exemple pour conclure sur le rôle du diplomate ?

- Lors d'un éloge funèbre, Talleyrand (je cite de mémoire) dit du diplomate : «Dominé par l'intérêt de l'Etat et du prince, conscient des exigences nationales, dans le respect des libertés, le ministre (l'ambassadeur), s'il sait l'être pleinement, remplit la fonction la plus honorable qui puisse être au monde.»

Propos recueillis par

JACQUES CORDY et

JEAN-PAUL COLLETTE

La vie, comme un jeu, pour un amoureux du mot

Ils pétillent, les yeux d'Alfred Cahen, derrière les verres de ses lunettes. De là, sous les paupières gonflées du labeur et des plaisirs d'une existence parcourue à grandes enjambées, ils observent, tour à tour rieurs, facétieux, moqueurs ou ironiques, la vie. La vie considérée comme un jeu.

À 67 ans, cet homme-là n'est pas guéri de son enfance. La gravité inhérente à sa profession ? Il y sacrifie, certes : endossée sans états d'âme, la jaquette du diplomate; assumées avec élégance, les mondanités. Le professeur aussi (le droit international depuis 15 ans à l'ULB, divers cours aux Etats-Unis, en France) sait affecter quelque sérieux. Mais ce ne sont là que concessions subalternes à la société avec laquelle il faut bien vivre !

Car, vigie impénitente, son regard brasille. Une multitude de petits éclairs joyeux y dansent qui trahissent une jubilation intérieure permanente. Le verbe, lui, vif, pressé, jusqu'à en avaler goulûment des syllabes ici et là, galope éperdu derrière une pensée bondissante. Alfred Cahen, festival paroles et gestes, étourdit parfois, éblouit souvent.

On notera toutefois que, chez lui, l'effervescence intellectuelle, toute piquetée d'humour qu'elle soit, peut porter à de malicieuses imprudences langagières. L'ivresse de la parole, l'amour du mot l'entraînent ainsi au-delà des frilosités convenues du milieu feutré où il évolue par métier. Son parcours professionnel en a-t-il pâti ? Pas que l'on sache. Ce qui apporterait la preuve qu'une certaine fraîcheur d'expression demeure appréciée de nos jours.

A ses côtés, depuis plus de trente ans, Nicole, épouse attentive, assiste celui qu'elle rencontra à ses débuts à Paris, appelé là par le grand diplomate Roger Ockrent (le père de Christine...), dont elle était elle-même à l'époque la collaboratrice. De nationalité française, elle n'est jamais restée confinée à l'ombre de son mari. Ayant épousé le diplomate, dans le même mouvement elle avait embrassé la «carrière». Aussi l'a-t-on vue, partout où cette carrière exigeante portait ce compagnon voyageur, agir à ses côtés, chaleureuse et accueillante. Un «Prix de la Courtoisie» lui a été décerné récemment à Paris, couronnant ses qualités de coeur et d'esprit.

Nicole et Alfred Cahen ont eu deux enfants qui, dès le biberon, ont appris le monde, au hasard des missions de leur père. Ce dernier est à présent le grand-père comblé de neuf petits-enfants. Alfred se souvient avec attendrissement de sa propre enfance bruxelloise. Son père, d'origine juive, agent de change, fut résistant durant la guerre, arrêté, puis sauvé par miracle de la déportation, tandis que le reste de la famille, impavide, cachait à l'occupant nombre d'infortunés cousins, rétifs au port de l'étoile jaune. Sauf l'oncle Jules-Samuel qui la portait, lui, «parce qu'il en avait le droit», ainsi qu'il le proclamait, haut et fort ! De toute cette période, terrible et enchantée, notre diplomate a gardé le goût de la «zwanze», sinon l'accent.

Chez lui, le trait d'esprit, le mot gourmand, l'anecdote allègre ne sont pas gratuits. Témoin lucide, il a su regarder le monde parcouru de long en large, pénétrer les apparences, le sens des gens et des choses. Il en connaît les traverses, les beautés, les horreurs. Du Congo en ébullition aux Nations unies en transes, de la Belgique livrée à ses métamorphoses à l'Amérique en proie à ses fulgurances, il a tenté de tout sentir, tout comprendre.

Au crépuscule d'une carrière brillante, après un superbe point d'orgue - de sept ans - à Paris, l'incorrigible diplomate doublé du témoin cosmopolite ne se résigne pas à la grisaille de la retraite : il vient d'être élu secrétaire général de l'Association du Traité atlantique, qui chapeaute notamment les associations atlantiques dans les 16 pays de l'Otan. Il est un mot qu'il veut ignorer : dételer...

J. Cy. et J.-P. C.

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MessageSujet: Re: Cahen, Alfred   Ven 18 Nov 2016 - 16:06


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MessageSujet: Re: Cahen, Alfred   Ven 18 Nov 2016 - 16:11






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MessageSujet: Re: Cahen, Alfred   Ven 18 Nov 2016 - 16:14






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MessageSujet: Re: Cahen, Alfred   Ven 18 Nov 2016 - 16:20











Cela vaut la peine d'approfondir ce qui concerne David Abshire ainsi que le CSIS...

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MessageSujet: Re: Cahen, Alfred   Ven 18 Nov 2016 - 16:47





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MessageSujet: Re: Cahen, Alfred   Ven 18 Nov 2016 - 16:50










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MessageSujet: Re: Cahen, Alfred   Ven 18 Nov 2016 - 16:56








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MessageSujet: Re: Cahen, Alfred   Ven 18 Nov 2016 - 17:01










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MessageSujet: Re: Cahen, Alfred   Ven 18 Nov 2016 - 17:04





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MessageSujet: Re: Cahen, Alfred   Ven 18 Nov 2016 - 17:07






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