les tueries du Brabant

forum sur les tueries du Brabant
 
AccueilAccueil  PortailPortail  FAQFAQ  S'enregistrerS'enregistrer  Connexion  

Partagez | 
 

 Les raisons de l'échec (actuel) de l'enquête

Aller en bas 
AuteurMessage
Manicon



Nombre de messages : 151
Date d'inscription : 02/05/2018

MessageSujet: Les raisons de l'échec (actuel) de l'enquête   Lun 8 Oct 2018 - 17:54

Bonjour à tous,

Après avoir parcouru, participé et relu attentivement nombre de zones de recherches, de théories proposées, d'axes conseillés; je me suis laissé guider par une question qui finalement, est revenue comme un fil rouge : Pourquoi l'enquête a échoué?

Cette question est beaucoup plus centrale qu'il n'y parait.

En effet, une enquête qui n'abouti pas, qui patauge, qui se fourvoie dans des pistes incongrues, qui communique mal est une enquête qui se tue elle-même, et par la bande, assassine "intellectuellement" ses enquêteurs et magistrats.

Si aujourd'hui, encore, nous sommes suspendus aux lèvres de personnages "clivants" comme Michel Libert ou Jean Bultot (que j'aime à appeler malicieusement Jeannot Confiture) en espérant qu'il nous fournisse des éléments ou une ébauche de vérité est bien consécutif à l'échec de cette enquête.

Modestement, je vais vous livrer mes impressions, selon les ouvrages que j'ai lu sur le sujet, les infos glanées sur ce forum mais également sur ma connaissance modeste mais effective, malgré tout, du monde policier et judiciaire dans lequel je travaille sans en être un acteur actif, mais plutôt un rouage opératoire et administratif.

Chaque point ci-dessous est pour moi une clé de compréhension pour comprendre l'échec de l'enquête sans devoir s'en remettre nécessairement aux théories conspirationnistes. Car, croyez bien que s'il existe une multitude de bons soldats qui savent se ranger sans encombre dans les rangs et obéir aux "raisons supérieures"; ils sont autant sinon plus nombreux à avoir une avidité de ruer dans la hiérarchie et de voir s'écrouler un château de carte. Pour bon nombre de policier et de gendarme, "se payer" un magistrat, un supérieur ou un politique est un exquis ravissement, considéré potentiellement comme un sommet dans la carrière aux service de l'ordre.

Le climat de l'époque
Nous sortons, au début où les tueries ont débuté, de quelques affaires politico-financo-judiciaire qui ont ébranlées les bases historique de l'état. Les commissions secrètes et les dessous de tables dans l'attribution de travaux publiques pour l'autoroute de Wallonie, le scandale des RTT, les affaires "romanesques" Ibramco et Eurosystem, sans oublier les flirts financier de Dsitrigaz avec l'Arabie Saoudite et l'Algérie de Boumedienne et Abdelghani,... Liste non exhaustive. Point commun entre ces affaires, une sorte de connivence entre une milieu politique qui faisait de l'opacité une valeur cardinale dans son fonctionnement et un monde judiciaire qui sinon complice, se plaisait à taire ou juguler la divulgation des magouilles.
Mais outre ces affaires, il y a surtout dans ces années 70-80 l'émergence de deux "cancers" au sein de monde judiciaire… Tout d'abord, l'émergence de groupes et groupuscules d'extrême-droite dont la racine prendra même au sein de l'armée, de la gendarmerie et du premier chrétien. Ensuite, la drogue, la lutte contre son trafic. Suite à l'épisode French Connection, les américains, via leurs diverses bases européennes et l'OTAN, ont tous simplement, contre investissements transantlantiques, mis sous tutelle toutes les forces de l'ordre ouest-européennes pour combattre ce fléau. Mais, en Belgique comme ailleurs, l'influence de la DEA a été plus que mitigées quant aux pratiques enseignées et utilisées.
Très vite des gendarmes (et des policiers dans une moindre mesure via le controversé BIC) vont vite comprendre que l'argent potentiel qu'on peut se faire dans ce milieu en contrôlant les approvisionnements et en ayant une vue d'ensemble de la problématique, étant gigantesque.
L'affaire François est, dans ce raisonnement, une fabuleuse source d'enseignement pour comprendre les biais qu'on a connu pour les tueries, ainsi que pour voir jusqu'où on peut aller dans la manipulation du système.
Oui, il y a eu des pourris, des opportunistes, des autruches. Oui, il y a eu une solidarité malfaisante entre une DEA omniprésente, un état-major cultivant le mutisme, des gendarmes devenus truands, des magistrats complaisants et un monde politique incapable ou simplement pleutre. MAIS, et c'est important de s'en rappeler pour la suite, même dans ce cas, l'ont voit très bien qu'il y a toujours un commandant Vernaillen pour mettre un coup de pied dans la souille ou un maréchal des logis Van den Daele qui payera de sa vie le fait d'avoir aider à faire éclater au grand jour un scandale odieux, qui, selon moi, est à la base d'une sorte de greffe scénaristique prodigués aux tueries par d'aucun désirant imaginer une implication multiniveau de l'état dans cette affaire.
En conclusion, les magouilles existent, sont effectivement aidées et/ou tues par bon nombre, mais elle ne survivent pas à l'écueil des justes et des opiniâtres de la vertu.

Une peur panique, un réflexe de protection
Tout ceux qui ont eu la chance, peut-être, la malchance, d'aventure, l'occasion, certainement, de rencontrer Jean Deprêtre dans leur vie, pourront affirmer trois traits de caractère fondamentaux chez cet homme de loi. Un dévouement voire une soumission totale à son institution et à l'Etat auquel elle doit service; une obstination bornée proche de l'obsession quant aux certitudes qui remplissent son esprit; une humanité que d'aucun qualifierait de chrétienne l'ayant conduit à protéger l'honneur des uns contre les accusations des autres, à tort ou à raison, selon les cas, selon le point de vue.
Quand un couple se fait supprimé en pleine nuit sur le parking du Colruyt de Nivelles, que deux gendarmes sont exécutés comme des quidams lambda "au mauvais endroit, au mauvais moments" et que lors de leur fuite, les malfaiteurs n'hésitent pas à provoquer la confrontation avec les policiers à leur trousse en offrant une scène de guérilla en plein riche Brabant Wallon, l'opinion public est marqué, heurté. Très vite, enquêteurs comme journalistes font vite le liens avec une série de faits de banditisme anodins à première vue mais qui laissaient entrevoir une bande capable d'une escalade de violence exponentielle. Si en Belgique, pour la plupart des truands "du milieu" l'arme est un moyen de dissuasion, pour impressionner, depuis le casse de Maubeuge, il est manifeste que pour cette bande, l'arme est un outil actif pour leur fuite et leur impunité et que la vie d'un civil ou d'un représentant de la loi ne pèse guère dans la balance.
Il ne faut pas attendre longtemps avant que les premiers bruits de couloirs dans les casernes et les palais de justice aient pour sujet l'éventuelle implication des gendarmes de la section DIANE dont on sait pertinemment que nombre de ses membres sont proportionnellement extrémistes et violent qu'entraînés "au front".
Dans le chef d'un institutionnaliste "intégriste" comme Jean Deprêtre, cette éventualité serait une catastrophe, la déculottée finale de la gendarmerie, les parquets seraient dans l'œil du cyclone et la presse, penchant majoritairement à gauche en Belgique francophone, ferait feu de tout bois contre une institution qui depuis 10-15 a perdu tant de sa crédibilité que de sa superbe. Si dans les hôpitaux, les commissariats de police, les écoles, il devient de plus en plus répandus de voir des représentants issus de l'immigration, la gendarmerie reste d'une "blancheur" rare. Les quelques "gens d'armes" d'origine italienne ou polonaise de l'époque pourront confirmer à quel point leur place restait marginale. Les nébuleuses WNP, Front de la Jeunesse, VMO, incendient des journaux de gauche, manifestent violemment dans les Fourons, des ratonnades sont de plus en plus fréquentes dans les quartiers à forte population maghrébine et concomitamment, l'ont sait les émules que ces mouvements font au sein de la gendarmerie.
Bien aider, il faut le dire, par l'incompétence affligeante du juge d'instruction Wezel, lorsqu'on servira sur un plateau un début de preuve étayé de liens ténus une bande de petites frappes sans envergure, facilement bousculable lors d'une garde à vue; le second trait de caractère de Deprêtre va se mettre en marche… Il sera inutile d'aller voir ailleurs, d'aller voir ailleurs, de risque de soulever une pierre sous laquelle des gendarmes pourraient se trouver, les borains sont cuits; les tueurs du Brabant eux, sont saufs.
La mécanique est à la fois implacable et terriblement sujette à fantasme, par peur de découvrir une réalité dérangeante, on va focaliser l'enquête dans une seule et unique direction qui s'avèrera mauvaise, ce qui transformera cette manœuvre protectionniste en manipulation délibérée, ouvrant alors la porte à tous les fantasmes.
Que de temps et de crédibilité perdu… à tout jamais!

Une enquête polycéphale
Le premier janvier 2001, le ministre André Antoine fusionne en une police intégrée, structurée en deux niveaux, il signe l'arrêt de mort de la gendarmerie. Mais devant le fiasco judiciaire mis en exergue lors de l'affaire Dutroux, malgré la baroud d'honneur véhément d'anciens gendarmes et militaires, l'opinion public est à ce point révulsé par les dysfonctionnements démentiels mis à jour qu'elle passera comme une lettre à la poste électoralement parlant. En Belgique, on appelle ça les accords octopus. Les huit partis démocratiques traditionnels qui travaillent en commun pour une réforme sociétale majeure.
Dans l'affaire des tueries aussi, la lasagne institutionnelle va être d'un bienveillance inouïe pour les tueurs.
Non seulement, gendarmes et policiers travaillent en même temps séparément, mais différents parquets sont mobilisés. Les tensions réelles, souvent basées de la concurrence puérile et de la rivalité éculée entre civils et militaires, wallons et flamands, vont faire que les premières années d'enquête vont être vont être ce qu'on peux appeler un cas d'école, un manuel de ce qu'il ne faut pas faire pour résoudre une enquête criminelle.
La listes des erreurs basiques est longue comme l'attente des familles des victimes… Non exhaustive ont peu citer : la rétention d'information entre cellules d'enquête, l'absence de collaboration entre les cellules (certaines témoins secondaires seront entendus deux fois, d'autres comme le fils Palsterman PAS!!!!), l'ingérence acceptée des procureurs Deprêtre et Acke dans l'enquête (poursuivant l'un et l'autre des théories inverses), le non-respect des procédures de gel des scènes de crime, la non-formation des enquêteurs quant au principe de précaution de conservation des preuves (la sensibilisation de ce principe aux enquêteurs français travaillant sur les meurtres de Mourmelon ont permis à Chanal d'être confondu, des années après grâce à l'ADN, par exemple), l'absence de devoirs d'enquêtes prospectifs jusqu'aux Assises de Mons 1988 éteignant la filière boraine, la non-sollicitation des forces de l'ordre étrangères quant à ces faits, la communication défaillante aux victimes, le manque de contrôle de cette même communication envers les médias, aucun match-meeting des instructions (rendez-vous compte que Schliker et Troch se sont réunis… 1 fois en 1986 quant aux tueries!!!!), des choix d'experts douteux, l'absence d'anamnèses des faits (ce travail aura été fait pas Dupont et Ponsaert!!!)...
Toutes ces failles toutes ces approximations, ces guéguerres intestines, fruits des rivalités stupides, de petits esprits (Léopold 2 coupait des mains mais avait cerné sont peuple) ont nuit, j'en ai bien peur, fatalement, au sens premier du terme à l'enquête. Mais plus que cela, là aussi, cela renforce l'idée selon laquelle cela aurait été fait sciemment. En tant qu'être humain normalement constitué et cortiqué, on ne peut que penser qu'un tel amateurisme ne peut être que malhonnête et intentionnel… J'ai hélas la triste et désagréable certitude que non! Une gendarmerie archaïque, des moyens policiers faméliques, un manque de professionnalisme et de formation continue, une politisation des cadres générant une médiocratie de fonctionnement et des juges d'instruction travaillant avec leur bande copains plutôt que via un pool d'expert constitué ad-hoc (pas besoin de s'étendre davantage sur le cas Dery, suffisamment éloquent) et vous avez le résultat actuel, le constat actuel. 95% des informations importantes sont à récolter dans les 12 mois après les faits. Or, factuellement parlant, l'enquête à commencer en 1990 au rapatriement à Jumet. Et sous l'égide de Ruth et Lachlan, qui n'ont pourtant pas bonne presse ici, une série de devoirs d'enquête basique vont être réalisés. Lachlan va ouvrir tout grand la porte du WNP dont on n'osait pas toucher la clenche par peur de quoi y trouver de l'autre côté jusque là, Ruth va mettre les indics, le milieu à contribution… mais 5 ans après c'était certainement déjà trop tard… De plus, la manque de rigueur avec lequel Ruth traitait ses informations n'ont pas aidés.

SUITE A VENIR





Revenir en haut Aller en bas
Etienne



Nombre de messages : 1098
Date d'inscription : 26/11/2015

MessageSujet: Re: Les raisons de l'échec (actuel) de l'enquête   Lun 8 Oct 2018 - 21:42

A mon humble avis, l'enquête a échoué parce que les enquêteurs ne pouvaient pas envisager qu'un complot de grande envergure ait pu être fomenté par de hautes autorités.
Ils préféraient tout simplement avoir affaire à un trio de "délinquants d'occasion".
Dans la vie, les choses ne sont pas toujours comme on voudrait qu'elles soient.
Revenir en haut Aller en bas
Limir



Nombre de messages : 168
Date d'inscription : 23/11/2017

MessageSujet: Re: Les raisons de l'échec (actuel) de l'enquête   Lun 8 Oct 2018 - 23:25

Pour que l'enquete réussisse, il aurait suffit de ne pas écarter ceux qui occupaient à bon droit les bonnes fonctions, de mettre les bonnes personnes aux bonnes fonctions.

Si l'enquete ne réussit pas à éclaircir les dynamiques, à identifier certains de ses auteurs et de ses commanditaires, c'est que les citoyens sont encore toujours en danger.

Si elle y réussit, cela signifie que c'est ce qu'on aura fait, finalement.

Encore tout à démontrer.
Mais urgent.
Revenir en haut Aller en bas
Etienne



Nombre de messages : 1098
Date d'inscription : 26/11/2015

MessageSujet: Re: Les raisons de l'échec (actuel) de l'enquête   Lun 8 Oct 2018 - 23:46

Exact Limir les citoyens sont toujours en danger.
Ils le resteront sans doute après la résolution / révélation. Il est des feux qui ne s'éteignent pas, qui couvent attendant un apport en oxygène pour reprendre vie et apporter la désolation.
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Les raisons de l'échec (actuel) de l'enquête   

Revenir en haut Aller en bas
 
Les raisons de l'échec (actuel) de l'enquête
Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» L'échec de Mac Do en Bolivie
» La question des pèlerinages à notre époque actuel ?
» Aporrhaidae actuel et autres de Ste-Margo (44)
» Quelques bonnes raisons d'aimer le Ramadan...
» Faim - Les raisons d'une crise alimentaire mondiale

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
les tueries du Brabant :: AXES D'ENQUÊTE :: Evolution future de l'enquête-
Sauter vers: