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 Laurent Weingarten, « Barbouzes, truands, drogues...»

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LV1985



Nombre de messages : 82
Date d'inscription : 20/10/2017

MessageSujet: Laurent Weingarten, « Barbouzes, truands, drogues...»   Sam 12 Jan 2019 - 1:55

Laurent Weingarten, « Barbouzes, truands, drogues et sous-traitance : l'exemple belge », Dossiers Secrets d'États, n°9, Mars 2010, pp. 77-84.

[77] L'avidité financière, au cœur même des missions de sécurité dévolues aux militaires, aux policiers et aux services de renseignement, n'est pas apparue avec Bush, Rumsfeld et le néo-libéralisme de l'après 11 septembre. Déjà, dans les années 80, en pleine guerre froide, profitant d'un chaos général, des individus ont cherché la rentabilité ainsi que le consolidation de leur pouvoir par des stratégies criminelles imaginatives et la création artificielle d'un état de tension permanent.

Retour sur cette période "des années de plomb" où les Tueurs du Brabant et les Cellules Communistes Combattantes terrorisaient la Belgique. Le contexte général était le suivant fm des années 70. La guerre froide s'éternise. Lassés et inquiets d'être les spectateurs impuissants de la course aux armements, les mouvements pacifistes et libertaires gagnent peu à peu en popularité un peu partout en Europe. La CIA craint, à tort ou à raison, que ces mouvements contestataires, la gauche non communiste ainsi que les syndicats de plusieurs pays européens, ne soient infiltrés et manipulés par Moscou et le parti communiste.

En réponse à cette inquiétude, une stratégie de la tension est employée d'abord en Italie et en Allemagne, [78]   puis en Belgique, de manière intense et récurrente pour affaiblir ces mouvements frondeurs, qui à l'époque, manifestent contre l'implantation de missiles nucléaires américains. La dissuasion nucléaire et la course aux armements représentent pour les États-Unis la stratégie numéro un de lutte contre Moscou et l'internationale communiste. Les milliards de dollars d'investissement au bénéfice du cartel militaro-industriel sont en jeu et ont pour effet d'entraîner Moscou dans une course qu'on espère les voir perdre sur le long terme, le communisme ne pouvant rivaliser avec le capitalisme au niveau financier. Dans cette stratégie de la tension, la CIA et certaines officines n'hésitent pas à créer une menace imaginaire en développant des réseaux criminels occultes dont l'action a pour but de stresser la population et de faire pencher l'électorat vers la droite. Considérée par les Américains comme le ventre mou de l'Europe, la Belgique s'est retrouvée au début des années 80 aux premières loges de cette expérience pour le moins sanglante.

La dynamique de la terreur Entre 1982 et 1985, ce petit royaume qui abrite l'Otan et les institutions européennes est devenu la cible d'une dynamique terroriste inédite dans l'histoire du pays.

Tout a commencé discrètement, en septembre 1982, par une attaque à main armée très violente contre une armurerie de Wavre (Brabant Wallon) au cours de laquelle des armes et des silencieux sont emportés et deux gendarmes, grièvement blessés. La violence souvent gratuite et ses conséquences irréparables iront ensuite crescendo, d'attaque en attaque, comme si les truands prenaient petit à petit leurs marques et étaient certains de leur impunité. Leur territoire: la province du Brabant, divisée en deux zones linguistiques distinctes entourant Bruxelles. Les Tueurs se serviront de cette séparation administrative et linguistique pour mieux opérer et narguer les forces de l'ordre.

En décembre 82, un restaurateur de Beersel (Brabant flamand) est torturé et assassiné. Janvier 1983: un chauffeur de taxi connaît le même sort. Le 11 février 1983, trois auteurs masqués attaquent une grande surface de l'enseigne Delhaize sans faire de victime et emportent un maigre butin. Quatorze jours plus tard, soit le 25 février 1983, c'est le Delhaize d'Uccle (banlieue aisée de Bruxelles) qui est la cible d'une attaque au cours de laquelle deux agresseurs cagoulés n'hésitent pas à faire feu, emportant avec un eux un butin de 600.000 fb (environ 15.000 euros). Le 3 mars 1983, quatre individus attaquent le magasin Colruyt de Halle à bord d'une Golfe GTI qui avait été signalée volée lors de la précédente attaque à Uccle. Ils abattent le gérant et emportent 700.000 francs (17.500 euros). Le 10 septembre 1983, des membres de la bande s'en prennent à une usine de textile située à Tamise dont l'une des spécialités est la confection de gilets pare-balles. Une semaine plus tard, soit le 17 septembre, la bande s'en prend au Colruyt de Nivelles, en pleine nuit.

[79] En réalité, il semble que deux équipes aient été employées: une première équipe "alibi", sans doute inconsciente du jeu auquel elle participe entre dans le magasin par effraction pour y dérober des marchandises pendant qu'une seconde équipe, bien plus violente et professionnelle, abat froidement un couple qui s'était arrêté à la station service. Prévenue par l'alarme du magasin, une patrouille de la gendarmerie intervient et est prise sous un feu nourri par des attaquants ultra motivés et professionnels. Un gendarme est tué et son équipier, grièvement blessé. Deux semaines plus tard, le 2 octobre 1983, vers Ih30 du matin, deux auteurs masqués abattent le propriétaire de l'Auberge des Trois Canards d'une balle dans la nuque, avec l'arme volée à l'un des gendarmes de l'attaque du Colruyt de Nivelles. Le 7 octobre, le magasin Delhaize de Beersel (Brabant flamand) est attaqué par trois individus masqués. Ils prennent un client en otage, tirent sur la clientèle, blessent deux caissières et abattent le gérant d'une balle dans la tête.

Fin octobre, on arrête les membres d'une bande, le "gang des Borains" des malfrats tous originaire du Borinage qui seront suspectés d'être les tueurs puis jugés en 1988 pour être acquittés en fin de compte d'une partie des charges. Le 1er décembre 1983, une bijouterie est attaquée à Anderlues et le couple de bijoutier est assassiné pour un butin dérisoire. La balistique permet de relier cette attaque avec les autres attaques des "tueurs fous ". Ensuite, la Belgique connaît un moment de répit de 21 mois dans l'activité homicide de la bande. Les Cellules Communistes combattantes, un groupuscule d'extrême gauche, prennent le relais et se lancent dans une campagne d'attentats anti-américains et anti-impérialistes. On accuse les forces de l'ordre et la Sûreté de l’État d'être impuissantes et on pointe du doigt leur manque de moyens, de fiabilité, leur lourdeur bureaucratique et leur inorganisation.

La deuxième vague

Le 27 septembre 1985, une nouvelle vague d'agressions contre des grandes surfaces débute par l'attaque d'un supermarché Delhaize à Braine-l'Alleud (Brabant Wallon) où les auteurs, le visage caché par de sinistres et grimaçants masques de carnaval, se mettent à tirer dans tous les sens. Résultat: trois morts et plusieurs blessés. Quelques minutes plus tard et une dizaine de kilomètres plus loin, ils s'en prennent au Delhaize d'Overijse où le bilan est encore plus dramatique: 5 morts dont un adolescent de 13 ans et plusieurs blessés. Après cette double attaque, une cellule d'enquête "Brabant wallon" regroupant gendarmerie et police judiciaire est mise sur pied. Le 9 novembre 1985, le Delhaize d'Alost (Brabant flamand) est la cible d'une attaque ultra violente perpétrée par trois individus lourdement armés. Huit personnes dont deux enfants de moins de 10 ans sont assassinées. Après un échange intense de cous de feu, la police dépêchée sur place ne parvient pas à suivre la voiture rapide dans laquelle les tueurs ont pris la fuite. C'est la dernière attaque des tueurs fous du Brabant mais pas leur dernier assassinat. L'exécution par balles de l'ingénieur de la FN (Fabrique nationale d'armes) Juan Mendez, en janvier 1986, semble clore, une fois pour toute, les méfaits de la bande.

[80] Le bilan humain

Ces agressions auront fait au total 28 morts. Mais les analyses balistiques permettront d'élargir les activités criminelles de la bande et on compte en réalité près de 55 morts à verser à leur sinistre palmarès. En outre, on se rend compte qu'au cours de ces braquages, il n'y a pas eu que des meurtres gratuits. La bande en a profité pour régler au passage certains comptes au bénéfice de leurs commanditaires. Par exemple, les restaurateurs de Beersel et de Ohain (Brabant wallon), le couple de bijoutiers d'Anderlues et celui qui a été exécuté à la station service du Colruyt de Nivelles sont victimes de règlements de comptes ciblés, tout comme l'exécution de Juan Mendez.

A posteriori, on s'est rendu compte que ces personnes représentaient une gêne pour certains des commanditaires ou membres du réseau et qu'elles ont été tout simplement abattues. Mais au moment de la commission des faits, tous ces meurtres semblent aléatoires et exécutés pour uniquement terroriser l'opinion publique. Les enquêteurs pataugent. Depuis lors, les cellules d'enquête se sont succédé sans jamais trouver des preuves matérielles permettant d'identifier les tueurs. Certains enquêteurs et journalistes audacieux ont échafaudé quelques théories, parfois assez précises mais leurs spéculations ont été fortement découragées voire ridiculisées.

Officiellement, la piste de ''prédateurs ", de vulgaires malfrats avides de butin sans autre mobile cohérent a toujours été privilégiée et les enquêteurs et magistrats qui ont tenté d'orienter l'enquête vers d'autres pistes ont été soigneusement mis sur une voie de garage.

L'affaire des "Tueurs fous" est verrouillée. Que s'est-il passé? Pourquoi a-t-on laissé une bande de psychopathes terroriser le pays pendant près de trois ans sans que l'on ne puisse rien y faire?

Le journaliste d'investigation Guy Bouten a enquêté pendant plusieurs années et le livre qui est le résultat de ces recherches fourni au grand public une version cohérente des mobiles des tueurs, de leurs commanditaires ainsi que leur mode de fonctionnement. L'intéressé s'est appuyé sur une série de témoignages clés de certains protagonistes, sur des procès-verbaux et des éléments parfois inédits de l'enquête pour dessiner cette "autre piste" qui a toujours été évacuée par les milieux politiques et la magistrature : la piste politico-financière et celle de la sous-traitance des contrats par le milieu.

Les acteurs

Selon l'enquête de Guy Bouten, l'affaire des Tueurs fous du Brabant serait le résultat de l'interpénétration de plusieurs réseaux, de plusieurs cercles aux intérêts distincts mais qui ont convergé à un moment clé de l'histoire de la Belgique. D'un côté, il y a les commanditaires constitués par deux milieux hétérogènes mais néanmoins solidaires: les services de renseignement américain (CIA, militaires US au sein du Shape) et certaines figures très conservatrices des cercles politiques et d'affaires belges. Guy Bouten souligne le rôle important au niveau idéologique joué à cette époque par la World Anticommunist League (WACL) ainsi que par la secte sud-coréenne Moon qui inspiraient et finançaient la guerre contre le communisme puisqu'il s'agissait de leur fond de commerce. Ce que voulaient tous ces commanditaires était un durcissement net du régime en Belgique, un virage à droite avec un renforcement avéré des organes de sécurité, en particulier la gendarmerie et l'armée. Comme ce fut le cas en Italie, le États-Unis percevaient a Belgique comme un allié bien trop mou, perméable et fragile, surtout si les institutions du pays devenaient la cible d'un complot organisé par Moscou.

[81] Par conséquent, les commanditaires voulaient organiser leur propre complot visant la déstabilisation des institutions du royaume, une déstabilisation qui devait aboutir en toute logique à leur renforcement. Outre le rôle clé joué par la CIA en Belgique et ainsi que par le général Alexander Haig, grand connaisseur du terrain politique belge, Bouten souligne les agissements de certains hommes politiques, barbouzes et militaires parmi les commanditaires comme Paul Vanden Boeynants, ministre de la défense nationale, figure très populaire de l'aile droite du parti social chrétien le CEPIC une branche du PSC.

Il retient également l'action déterminante d'un militaire proche de VDB : le major Jean Bougerol, chef du Public Information Office (PlO), un réseau parallèle des services de renseignement de l'armée aujourd'hui dissout. Retenons encore l'action de certains militaires très conservateurs comme le général Robert Close ou le colonel Jean Militis. Entre les commanditaires et les simples exécutants se trouve un niveau intermédiaire composé d'une faune aux intérêts multiples mais dont les acteurs s'entendent sur un point : faire de l'argent. Ce milieu composé à la fois de commanditaires et d'exécutants, de barbouzes, d'hommes d'affaire, de militaires (membres du groupe M) et de gendarmes de l'extrême droite (membres du groupe G) profitent des tâches qui leur sont confiées pour régler des affaires personnelles et se livrer, en toute impunité, à des trafics très rémunérateurs, principalement des armes et de la drogue. On y rencontre des gens comme Robert Beijer ou Madani Bouhouche, tous deux anciens gendarmes, Jean-François Calmette, ancien de l'OAS, instructeur auprès d'une unité d'élite de la gendarmerie mais aussi auprès de groupuscules d'extrême droite et enfin garde du corps d'un agent de la sûreté. Citons encore certaines grosses pointures du trafic de drogue comme les frères Farcy, un ancien sous directeur ripoux d'une prison bruxelloise, Jean Bultot, ou un substitut du procureur tout aussi corrompu, Claude Leroy, tous reconvertis dans des affaires louches et animés par des opinions politiques très à droite. Enfin, les exécutants des basses œuvres que l'on recrute dans le grand banditisme comme la bande de Patrick Haemers, la bande de Julien De Staerke ou la filière boraine, dans les milieux d'extrême droite (Front de la Jeunesse, WNP) comme Michel Libert ou Paul Latinus.

[82] Les exécutants ne savent d'ailleurs pas qui sont vraiment les commanditaires ni pourquoi ils agissent, ni pour le compte de qui. Seul l'argent les intéresse et tout est relativement bien cloisonné. Quant à la Sûreté de l’État, l'agence de renseignement et de contre-espionnage belge, elle est quasi impuissante parce que partagée en deux factions distinctes: d'un côté, le directeur de la sûreté, Albert Raes, catholique et conservateur, profondément pro-européen et désirant à travers tout que la Sûreté ne soit plus une simple succursale de la CIA ; de l'autre, certains des agents les plus actifs, aux opinions très à droite et désirant poursuivre la collaboration avec les Américains. De cette divergence d'opinions, s'en suivra une série de dysfonctionnements qui donneront à la Sûreté une réputation d'immobilisme et de manque de fiabilité. On ne sait plus qui travaille pour qui et qui infiltre et manipule qui. Albert Raes se fera des ennemis mortels comme VDB ou le baron Benoit de Bonvoisin, proche de l'extrême droite pro-américaine qui accuse Raes d'être une taupe communiste travaillant pour Moscou. Les coups bas pleuvent, même entre alliés.
Au cours des trois années durant lesquelles les tueurs terroriseront la Belgique, ce réseau complexe lancera de multiples opérations destinées à tromper les enquêteurs, brouillera les cartes en créant de fausses pistes avec un tel succès que les auteurs et les commanditaires se sauront en outre protégés au plus haut niveau. L'extrême gauche sera infiltrée pour mener des attentats afin de porter la responsabilité du climat détestable qui règne en Belgique. Quant à l'extrême droite, on ne sait pas très bien si elle sera infiltrée par la Sûreté de l’État ou si c'est elle qui infiltrera et manipulera.
Le financement par la drogue

La plupart de ces opérations et de ces réseaux ont été financés par la vente d'armements et de drogues dans un contexte très ambigu où une unité spéciale de la gendarmerie a tenté de se lancer dans des opérations d'infiltration et d'achats contrôlés de drogues avec des agents "undercover", c'est-à-dire des gendarmes qui travaillaient sous couverture avec une fausse identité pour infiltrer le milieu. Une technique américaine que la Belgique n'avait pas les moyens techniques, financiers mais surtout légaux de poursuivre puisque la loi interdisait spécifiquement ces opérations tendant à provoquer un délit. L'autre problème est que les bénéfices de ces opérations serviront à alimenter une caisse noire dont certains montants seront tout simplement détournés.

Des arrangements furent pris entre gendarmes et certains trafiquants pour les laisser opérer en toute impunité en échange de services rendus au réseau. Dans la thèse de Bouten, les Tueries du Brabant ne furent possibles que parce qu'il y avait interpénétration de ces différents milieux qui se rendaient des services et ramassaient en passant de juteux bénéfices. Le journaliste écrit : "Malheureusement, au contact de la pègre, certains agents finirent par céder à l'argent facile, des membres du BND (bureau national des drogues, unité anti-drogue de la gendarmerie fondée en 1974 par le ministre Vanden Boeynants sous les auspices de la DEA américaine) opéraient comme des criminels et importaient de la drogue, d'autres finirent par rassembler des informations politiques sur les mouvements [83] de gauche et d'extrême gauche, certains faisant même les deux.... Les affaires du BIC (officine des services de renseignement de l'armée belge) et du BND permettent de comprendre les Tueries du Brabant car des agents ripoux de ces deux services policiers commettaient leurs actes criminels avec l'appui des mêmes réseaux mafieux, des mêmes bandes qui certainement aideront à organiser les Tueries quelques années plus tard. " (Guy Bouten, "Tueries du Brabant Le dossier. Le complot. Les noms ". Les éditions de l'arbre, 2009).

A cette époque, l'héroïne était arrivée en masse en Belgique et s'était "démocratisée" suite à ces différentes affaires (Farcy, Commandant François) au cours desquelles les réseaux de distribution et de vente s'étaient considérablement étendus. Les trafics d'héroïne et de haschich étaient passés alors entre les mains des filières turques et nord-africaines et la drogue était revendue dans la rue par une multitude de petits revendeurs. C'est à cette même époque -les années 80 - que les réseaux sud-américains de trafic de cocaïne s'installèrent également en Belgique.
Made in CIA

La drogue comme source de financement semble être une spécialité de la CIA comme plusieurs scandales l'ont démontré. Pendant la guerre d'Indochine, la CIA a aidé la French Connexion et le milieu corse implanté à Marseille dans le trafic d'héroïne, pourvu que le maquis anticommuniste vietnamien ainsi que l'armée française soient ravitaillés en armes à partir du port de Marseille et que les syndicats des dockers qui contestaient la guerre indochinoise soient paralysés. Pendant la guerre du Viêt-Nam, la compagnie Air America, filiale de la CIA transportait armes et opium pour financer la guérilla anticommuniste au Laos et dans le Triangle d'or. On retiendra également l'implication de l'agence dans la distribution de la cocaïne et du crack à Los Angeles qui financèrent les guérillas anticommunistes au Nicaragua et en Colombie. Et que dire de l'explosion du trafic d'héroïne en Afghanistan depuis les années 80 ? Et qui finança la résistance antisoviétique des Moudjahidines?

Aujourd'hui, ce sont les Talibans, l'internationale islamiste d'Al Qaeda et les éléments corrompus du régime d'Hamid Karzai qui bénéficient de cette manne opiacée.

L'autre source de financement, encore plus embrouillée et impénétrable, est constituée par des trafics d'armes qui ont rassemblé nombre des acteurs de ces dossiers, des gens de l'entourage de VDB qui gravitaient autour des agents du BIC et du BND.

[84] Certains braquages ont également enrichi des membres de ces réseaux comme l'attaque contre un transfert de fonds à l'aéroport de Zaventem en octobre 1982 qui fut "couvert" par des éléments proches de la CIA. Bouten énumère les mobiles et les intérêts des protagonistes de cette affaire de braquage qui semble passer inaperçue : "Le premier motif, celui qui satisfait la composante "bandit" de leur personnalité, c'est le vol, celui d'un butin important qui permettra entre autres à Beijer d'acheter une ferme dans le Brabant Wallon. Là, la CIA permet à ses sbires de se rétribuer. Le deuxième c'est l'approvisionnement en fond pour le réseau, pour le Stay-Behind à l'attention duquel on constitue la trésorerie nécessaire à son fonctionnement. Le troisième sur lequel je pense que personne ne s'est encore attardé, c'est qu'en même temps que l'argent, disparaissait également la valise diplomatique belge en provenance de Moscou. Et ça, il faut le noter, les Américains soupçonnent la Belgique d'être infiltrée par des agents soviétiques. La valise venant de Moscou renfermait certainement des informations qui une fois vérifiées ont amené à la découverte d'espions à la solde de l'URSS, un certain Eugène Michiels sera arrêté le I5 août 1983 sur base d'informations venant non pas de la Sûreté mais des Américains." (Guy Bouten, "Tueries du Brabant .... '') Ce modus operandi à multiples facettes est typique des comportements de ce réseau à cette époque.

L.W.

Bibliographie sélective
Guy Bouten, "Tueries du Brabant. Le dossier. Le complot. Les noms", éditions de l'arbre 2009.
Jean-Jacques Cécile, "Les chiens de guerre de l'Amérique", Nouveau Monde Editions, 2008.
Joseph Trento, "Prelude to Terror: the Rogue CIA, The Legacy of America's Private Intelligence Network",  Basic Books,2005.
Naomi Klein, "La stratégie du choc", LEMEAC/Actes sud,2008.
Yvonnick Denoël, "Le livre noir de la CIA", Nouveau Monde Editions, 2007.
Jeremy Scahill, ''Blackwater: The Rise of the World's Most Powerful Mercenary Army", Nation Book, 2007.
Alfred McCoy, "la politique de l'héroïne, l'implication de la CIA dans le trafic des drogues ", éditions du Lézard, 1999.
"La Cabale", documentaire de Mathieu Verboud, France 5, RTBF, CNC.
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